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	<title>aux bords des mondes</title>
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	<description>par Isabelle Pariente-Butterlin</description>
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		<title>Parcourir le monde (94) en oblique</title>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Isabelle Pariente-Butterlin</dc:creator>


		<dc:subject>m&#233;taphysique</dc:subject>
		<dc:subject>Aristote</dc:subject>
		<dc:subject>Evans, Walker</dc:subject>

		<description>C'est un tr&#232;s ancien et tr&#232;s minuscule d&#233;tail du monde. Si on regarde les choses en face, ce doit &#234;tre un tube de dentifrice tomb&#233; d'une voiture, d'un panier, d'un sac, au retour des courses. Et puis une voiture est pass&#233; sur lui, il a explos&#233;, ce n'&#233;tait pas la peine de le ramasser, ou bien tout simplement on ne s'est pas aper&#231;u de sa chute, on est rentr&#233;, on ne l'a pas retrouv&#233;, il manquait, mais pas au point qu'on le cherche, on s'est accus&#233; de l'avoir oubli&#233;, c'&#233;tait une minuscule bizarrerie mais il ne (...)

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&lt;a href="http://www.auxbordsdesmondes.fr/spip.php?rubrique6" rel="directory"&gt;carnet des images&lt;/a&gt;

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&lt;a href="http://www.auxbordsdesmondes.fr/spip.php?mot187" rel="tag"&gt;Aristote&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://www.auxbordsdesmondes.fr/spip.php?mot190" rel="tag"&gt;Evans, Walker&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;C'est un tr&#232;s ancien et tr&#232;s minuscule d&#233;tail du monde.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;span class='spip_document_1781 spip_documents spip_documents_center'&gt;
&lt;img src='http://www.auxbordsdesmondes.fr/local/cache-vignettes/L220xH165/arton11-63aa1.jpg' width='220' height='165' alt=&quot;&quot; style='height:165px;width:220px;' /&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Si on regarde les choses en face, ce doit &#234;tre un tube de dentifrice tomb&#233; d'une voiture, d'un panier, d'un sac, au retour des courses. Et puis une voiture est pass&#233; sur lui, il a explos&#233;, ce n'&#233;tait pas la peine de le ramasser, ou bien tout simplement on ne s'est pas aper&#231;u de sa chute, on est rentr&#233;, on ne l'a pas retrouv&#233;, il manquait, mais pas au point qu'on le cherche, on s'est accus&#233; de l'avoir oubli&#233;, c'&#233;tait une minuscule bizarrerie mais il ne manquait pas tant que &#231;a.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;span class='spip_document_1781 spip_documents spip_documents_center'&gt;
&lt;img src='http://www.auxbordsdesmondes.fr/local/cache-vignettes/L220xH165/arton11-63aa1.jpg' width='220' height='165' alt=&quot;&quot; style='height:165px;width:220px;' /&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&#192; regarder les choses en face, on ne voit rien. Cette &#233;trange habitude qu'on a de regarder les choses en face, de faire des listes de courses, de tenir des agenda, de noter les rendez-vous, parce que comme &#231;a, on est s&#251;r d'une chose, on ne voit rien. On passe &#224; c&#244;t&#233;. &#192; c&#244;t&#233; des r&#234;veries qu'un tube de dentifrice, une voiture, et le temps, la pluie, le temps, d'autres voitures, la neige, la pluie, le soleil, l'&#233;t&#233;, d'autres voitures encore ont rendu possible.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;span class='spip_document_1781 spip_documents spip_documents_center'&gt;
&lt;img src='http://www.auxbordsdesmondes.fr/local/cache-vignettes/L220xH165/arton11-63aa1.jpg' width='220' height='165' alt=&quot;&quot; style='height:165px;width:220px;' /&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;On passait l&#224; tous les jours, en allant au march&#233;, en allant acheter le pain, en faisant du v&#233;lo, en allant chercher le journal ou un paquet de cigarette, on passait l&#224; tous les jours, et puis un jour, cette id&#233;e absurde (apr&#232;s quelques ann&#233;es tout de m&#234;me). Il va finir par dispara&#238;tre. L'id&#233;e a mis autant de temps &#224; poindre que ce tube de dentifrice &#224; se m&#233;tamorphoser dans la mati&#232;re du monde. C'&#233;tait absurde de photographier ce truc, on pensait &#224; Walker Evans pour se donner du courage, mais on n'a qu'un iPhone et pas l'&#339;il de Walker Evans, et on n'&#233;tait pas s&#251;r que Walker Evans n'aurait pas hauss&#233; les &#233;paules devant la timide tentative de plagiat-hommage-r&#233;miniscence qu'on &#233;tait en train de faire de, alors on a pr&#233;f&#233;r&#233; ne pas parler de Walker Evans.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;span class='spip_document_1781 spip_documents spip_documents_center'&gt;
&lt;img src='http://www.auxbordsdesmondes.fr/local/cache-vignettes/L220xH165/arton11-63aa1.jpg' width='220' height='165' alt=&quot;&quot; style='height:165px;width:220px;' /&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;On a oubli&#233; son ombre immense projet&#233;e dans nos r&#234;veries, on avait un peu plus honte encore, d'avoir pens&#233; &#224; lui. On a attendu qu'une voiture soit pass&#233;e (on les entend venir de loin), histoire de ne pas finir comme le tube de dentifrice, histoire que personne ne nous voit en train de photographier des d&#233;chets dans le bitume, parce que si on regarde le monde en face, c'est un d&#233;chet dans le bitume de la rue. Il faut vraiment arr&#234;ter de regarder le monde en face. Pendant qu'on prenait la photo, un couple &#226;g&#233; est sorti de chez lui, on n'avait pas pr&#233;vu le coup, et a regard&#233; d'un air d&#233;sapprobateur. La photo &#233;tait prise mais c'&#233;tait comme un larcin.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;span class='spip_document_1781 spip_documents spip_documents_center'&gt;
&lt;img src='http://www.auxbordsdesmondes.fr/local/cache-vignettes/L220xH165/arton11-63aa1.jpg' width='220' height='165' alt=&quot;&quot; style='height:165px;width:220px;' /&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;On l'avait arrach&#233;e au monde de face, on avait trouv&#233; un biais, on tenait quelque chose qui &#233;tait presque de la forme sans mati&#232;re, quelque chose comme une impossibilit&#233; m&#233;taphysique de notre monde, et pourtant elle &#233;tait l&#224;, sous nos pas, sous les roues des voitures, des v&#233;los, sous le soleil, sous la pluie, au moins on l'avait fix&#233;e, personne n'y faisait attention, mais nous, on l'avait fix&#233;e, on la tenait comme une victoire sur le monde, quelque chose comme une quasi impossibilit&#233; m&#233;taphysique pour notre monde sublunaire, une forme dont la mati&#232;re s'&#233;tait retir&#233;e presque enti&#232;rement sous les roues des voitures, et dont il ne restait rien que la forme, d&#233;pos&#233;e sur le bitume du monde, un r&#234;ve immense et m&#233;taphysique sous nos pas.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;span class='spip_document_1781 spip_documents spip_documents_center'&gt;
&lt;img src='http://www.auxbordsdesmondes.fr/local/cache-vignettes/L220xH165/arton11-63aa1.jpg' width='220' height='165' alt=&quot;&quot; style='height:165px;width:220px;' /&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;On se serait pench&#233; l&#224; avec Walker Evans et Aristote et on aurait &#233;cout&#233; ce qu'ils en auraient dit, tous les deux, &#231;a aurait suffi, on aurait rien dit, juste &#233;cout&#233;, au mieux, on les aurait emmen&#233;s l&#224;, tous les deux, et on leur aurait montr&#233; cette mati&#232;re presque absente, presque retir&#233;e du monde, et aurait &#233;cout&#233; leur discussion, on aurait regard&#233; leurs gestes, on aurait absorb&#233; le sens du monde, et son immensit&#233;, et la possibilit&#233; de cette image est ce qu'on a photographi&#233;. On a photographi&#233; Walker Evans et Aristote discutant, dans une ville du sud, pench&#233;s sur un paradoxe m&#233;taphysique.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;span class='spip_document_1781 spip_documents spip_documents_center'&gt;
&lt;img src='http://www.auxbordsdesmondes.fr/local/cache-vignettes/L220xH165/arton11-63aa1.jpg' width='220' height='165' alt=&quot;&quot; style='height:165px;width:220px;' /&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;On a bien fait, parce que les vacances d'apr&#232;s, c'&#233;tait fini, ils &#233;taient repartis tous les deux.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Boucle</title>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Isabelle Pariente-Butterlin</dc:creator>


		<dc:subject>temps</dc:subject>
		<dc:subject>musique</dc:subject>

		<description>&#201;couter, r&#233;&#233;couter, revenir en boucle, le monde est une boucle, le temps est une boucle. Boucle. Tout autre s'abolit. Tout s'abolit, autre que. Tout s'abolit autre. En boucle. Rien d'autre. Ne reste rien d'autre. En boucle. Oh, encore une fois, c'est tout ce que je demande, encore une fois, en boucle, encore une fois, peut-&#234;tre une autre. Abolissez-vous. En boucle, abolissez-vous, ne revenez pas, n'y revenez pas, en boucle, abolissez-vous et laissez-moi dans cette boucle du temps et de la pure (...)

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&lt;a href="http://www.auxbordsdesmondes.fr/spip.php?mot237" rel="tag"&gt;musique&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&#201;couter, r&#233;&#233;couter, revenir en boucle, le monde est une boucle, le temps est une boucle.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;a href=&quot;http://www.youtube.com/watch?v=e52IMaE-3As&quot; class='spip_out' rel='external'&gt;Boucle.&lt;/a&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Tout autre s'abolit. Tout s'abolit, autre que. Tout s'abolit autre. En boucle. Rien d'autre. Ne reste rien d'autre. En boucle. Oh, encore une fois, c'est tout ce que je demande, encore une fois, en boucle, encore une fois, peut-&#234;tre une autre.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Abolissez-vous.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;En boucle, abolissez-vous, ne revenez pas, n'y revenez pas, en boucle, abolissez-vous et laissez-moi dans cette boucle du temps et de la pure &#233;nergie, du temps et du monde, abolissez-vous,&lt;/p&gt; &lt;p&gt;laissez-moi m'abolir dans ce temps, dans cette boucle, ce seul mouvement, ce pur mouvement, qui est la pure vie, ne revenez pas, laissez le ressort se tendre et la boucle&lt;/p&gt; &lt;p&gt;se faire se d&#233;faire, et l'impatience de vivre se manifester, une fois, une seule, au moins une seule fois, pure impatience, et pur &#234;tre, et tout le reste est aboli, je recommence, encore une fois, je vous abolis, j'abolis tout le reste, tout ce qui n'es pas, cette pure&lt;/p&gt; &lt;p&gt;boucle.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
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		<title>Parcourir le monde (93) sous le vent</title>
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		<dc:creator>Isabelle Pariente-Butterlin</dc:creator>



		<description>C'est le vent, c'est revivre, c'est vivre enfin, c'est respirer respirer, non mais pas seulement, pas seulement respirer, c'est &#234;tre travers&#233; du vent, c'est se sentir vent, oui, tr&#232;s exactement cela, &#234;tre un souffle de vent, &#234;tre vent, n'&#234;tre rien d'autre qu'un souffle, un vent, une respiration transparente, une transparence du monde, &#234;tre en vertige, en d&#233;lice, en bonheur sur le monde. C'est rena&#238;tre, oublier, respirer, regarder, se gorger, de soleil et de vent, et de mer et de vent, et de soleil, tout (...)

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&lt;a href="http://www.auxbordsdesmondes.fr/spip.php?rubrique6" rel="directory"&gt;carnet des images&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;C'est le vent, c'est revivre, c'est vivre enfin, c'est respirer&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;span class='spip_document_1771 spip_documents spip_documents_center'&gt;
&lt;img src='http://www.auxbordsdesmondes.fr/local/cache-vignettes/L240xH320/photo-527-r90-52791.jpg' width='240' height='320' alt=&quot;&quot; style='height:320px;width:240px;' /&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;respirer, non mais pas seulement, pas seulement respirer, c'est &#234;tre travers&#233; du vent, c'est se sentir vent,&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;span class='spip_document_1772 spip_documents spip_documents_center'&gt;
&lt;img src='http://www.auxbordsdesmondes.fr/local/cache-vignettes/L240xH320/photo-528-r90-3430f.jpg' width='240' height='320' alt=&quot;&quot; style='height:320px;width:240px;' /&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;oui, tr&#232;s exactement cela, &#234;tre un souffle de vent, &#234;tre vent, n'&#234;tre rien d'autre qu'un souffle, un vent, une respiration transparente, une transparence du monde, &#234;tre&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;span class='spip_document_1773 spip_documents spip_documents_center'&gt;
&lt;img src='http://www.auxbordsdesmondes.fr/local/cache-vignettes/L240xH320/photo-529-r90-26732.jpg' width='240' height='320' alt=&quot;&quot; style='height:320px;width:240px;' /&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;en vertige, en d&#233;lice, en bonheur sur le monde.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;span class='spip_document_1774 spip_documents spip_documents_center'&gt;
&lt;img src='http://www.auxbordsdesmondes.fr/local/cache-vignettes/L240xH320/photo-530-r90-be2de.jpg' width='240' height='320' alt=&quot;&quot; style='height:320px;width:240px;' /&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;C'est rena&#238;tre, oublier, respirer, regarder, se gorger, de soleil et de vent, et de mer et de vent, et de soleil, tout ensemble, tout &#224; la fois, c'est &#234;tre l&#224;, &#234;tre heureux, &#234;tre soi&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;span class='spip_document_1775 spip_documents spip_documents_center'&gt;
&lt;img src='http://www.auxbordsdesmondes.fr/local/cache-vignettes/L240xH320/photo-531-r90-ea9f1.jpg' width='240' height='320' alt=&quot;&quot; style='height:320px;width:240px;' /&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;co&#239;ncider, parfaitement, exactement, avec soi, avec le monde, se tenir, &#224; la verticale de l'horizontale, oublier les questions, les d&#233;placer, les repousser, les &#233;loigner, de la main, d'un geste, c'est tout.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;span class='spip_document_1776 spip_documents spip_documents_center'&gt;
&lt;img src='http://www.auxbordsdesmondes.fr/local/cache-vignettes/L240xH320/photo-532-r90-ee786.jpg' width='240' height='320' alt=&quot;&quot; style='height:320px;width:240px;' /&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Il suffit alors de laisser le vent envelopper, caresser, tenir, saisir l'&#234;tre et ne plus penser &#224; rien. Il suffit de ne plus penser &#224; rien dans le vent immense, qui traverse les pulls, emm&#234;le les cheveux, et fait rire, seulement rire, c'est tout, rire&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;span class='spip_document_1777 spip_documents spip_documents_center'&gt;
&lt;img src='http://www.auxbordsdesmondes.fr/local/cache-vignettes/L240xH320/photo-533-r90-f2997.jpg' width='240' height='320' alt=&quot;&quot; style='height:320px;width:240px;' /&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&#233;clater de rire, de bonheur, dans le monde, il suffit du vent et de rien d'autre que lui pour &#234;tre heureux d'&#234;tre au monde,&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;span class='spip_document_1778 spip_documents spip_documents_center'&gt;
&lt;img src='http://www.auxbordsdesmondes.fr/local/cache-vignettes/L240xH320/photo-534-r90-11298.jpg' width='240' height='320' alt=&quot;&quot; style='height:320px;width:240px;' /&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;n'est-ce pas ? Sinon&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;span class='spip_document_1779 spip_documents spip_documents_center'&gt;
&lt;img src='http://www.auxbordsdesmondes.fr/local/cache-vignettes/L240xH320/photo-535-r90-0ddee.jpg' width='240' height='320' alt=&quot;&quot; style='height:320px;width:240px;' /&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;c'est &#224; d&#233;sesp&#233;rer, je pr&#233;f&#232;re oublier et courir, loin, au loin, dans le vent et la mer et les &#233;claboussures et fuir, fuir au loin, il n'y a qu'au loin que je sois bien.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;span class='spip_document_1780 spip_documents spip_documents_center'&gt;
&lt;img src='http://www.auxbordsdesmondes.fr/local/cache-vignettes/L240xH320/photo-536-r90-add6b.jpg' width='240' height='320' alt=&quot;&quot; style='height:320px;width:240px;' /&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>On n'est jamais absent, Christophe Grossi (4)</title>
		<link>http://www.auxbordsdesmondes.fr/spip.php?article1434</link>
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		<dc:creator>Isabelle Pariente-Butterlin</dc:creator>


		<dc:subject>web &amp; Internet</dc:subject>
		<dc:subject>litt&#233;rature</dc:subject>
		<dc:subject>Grossi, Christophe</dc:subject>

		<description>L'absence et le manque s'entrelacent intiment, tels que Christophe Grossi les parcourt dans On n'est jamais absent, 2, au point que la formule essentielle de l'absence devient celle du manque, dans toute la polys&#233;mie de ce terme : &quot;Lequel de nous manque ?&quot;. Je reviens &#224; ce texte maintenant qu'il m'est possible de le relire autrement, et de le saisir autrement, un peu plus loin dans l'absence que je ne le pouvais la premi&#232;re fois o&#249; je suis pass&#233;e sur ces lignes, en &#233;crivant avec elles. Je reviens au (...)

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&lt;a href="http://www.auxbordsdesmondes.fr/spip.php?rubrique26" rel="directory"&gt;Composite num&#233;rique&lt;/a&gt;

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&lt;a href="http://www.auxbordsdesmondes.fr/spip.php?mot2" rel="tag"&gt;web &amp; Internet&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://www.auxbordsdesmondes.fr/spip.php?mot183" rel="tag"&gt;litt&#233;rature&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://www.auxbordsdesmondes.fr/spip.php?mot277" rel="tag"&gt;Grossi, Christophe&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;L'absence et le manque s'entrelacent intiment, tels que Christophe Grossi les parcourt dans &lt;a href=&quot;http://deboitements.net/spip.php?article12&quot; class='spip_out' rel='external'&gt;On n'est jamais absent, 2&lt;/a&gt;, au point que la formule essentielle de l'absence devient celle du manque, dans toute la polys&#233;mie de ce terme : &quot;Lequel de nous manque ?&quot;. Je reviens &#224; ce texte maintenant qu'il m'est possible de le relire autrement, et de le saisir autrement, un peu plus loin dans l'absence que je ne le pouvais la premi&#232;re fois o&#249; je suis pass&#233;e sur ces lignes, en &#233;crivant avec elles. Je reviens au texte, et je per&#231;ois enfin cette structure de sym&#233;trie qui le traverse. L'absence se retourne comme un gant.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Que manquons-nous et de quoi manquons-nous lorsque l'autre nous manque ? L'autre est absent, alors il nous manque, et nous manquons le monde parce que l'autre, qui nous manque, s'intercale entre le monde que nous ne pouvons plus voir et nous, et c'est donc nous qui &quot;ne sommes pas au monde&quot;. De toutes fa&#231;ons, et quelle que soit la mani&#232;re dont on s'y prenne, &quot;nous ne sommes pas au monde&quot;. C'est l&#224; que je n'ai pas vu le retournement possible, l'absence qui s'inverse.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Comment alors ne pas sentir, au fond de soi, la pr&#233;sence de l'absence : &quot;Peut-&#234;tre n'est-on jamais qu'absent&quot; &lt;a href=&quot;http://deboitements.net/spip.php?article12&quot; class='spip_out' rel='external'&gt;On n'est jamais absent, 2&lt;/a&gt; ? Nous l'avons d&#233;j&#224; explor&#233;. Mais alors il y a un jeu de miroir, une sym&#233;trie devenue possible entre nous et les autres qui sont absents, qui manquent, qui s'effacent, qui nous manquent, que nous manquons, que nous ne parvenons pas &#224; croiser : &quot;Peut-&#234;tre n'est-on jamais &#224; l'endroit o&#249; l'autre croyait nous trouver.&quot; Dont il faut conclure, sans doute, par un pur effort de construction intellectuelle de la sym&#233;trie, que nous sommes absents, que nous manquons (&#224; d'autres), que nous nous effa&#231;ons, que notre absence cr&#233;e un vide dans la pr&#233;sence des autres, qu'ils tentent de nous retrouver dans le monde, et au-del&#224; des fronti&#232;res de notre absence, et ils ne nous trouvent pas. Parfois m&#234;me lorsque nous sommes &#224; c&#244;t&#233; des autres, absorb&#233;s dans nos propres absences, nous leur manquons pendant que d'autres, et peut-&#234;tre ces m&#234;mes autres auxquels nous manquons, nous manque. Je ne l'avais pas vu, la premi&#232;re fois que je suis pass&#233;e lire cette s&#233;rie, trop absorb&#233;e que je suis dans la clef que je cherche de l'absence des autres, pour voir qu'elle est aussi la clef de notre propre absence au monde.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;On comprend alors quel miracle est une rencontre. On est alors en mesure de comprendre quel miracle la co&#239;ncidence des &#234;tres dans une rencontre repr&#233;sente, mais il se dessine seulement en creux. Je ne suis pas s&#251;re que ni Christophe Grossi ni moi n'ayons dessin&#233; autrement qu'en creux la possibilit&#233; de la co&#239;ncidence des &#234;tres, autrement que dans le creux de l'incompr&#233;hensible et de l'inexplicable au travers du cheminement de nos absences sur le monde. Peut-&#234;tre sommes-nous tous &quot;hors cadre&quot;, constamment, irr&#233;m&#233;diablement, peut-&#234;tre dans le monde laiss&#233; vide par la pr&#233;sence qui s'est retir&#233;e comme une vague, sommes-nous tous toujours hors cadre. Cette image que Christophe Grossi propose est comme la formule de l'absence. Hors cadre. Je regarde les photos diff&#233;remment depuis lors, depuis que j'ai cette clef de l'absence en t&#234;te, ils sont l&#224;, seulement ils sont hors cadre, et moi aussi, moi comme les autres, je suis hors cadre, je comprends mieux la mani&#232;re que nous avons d'&#234;tre au monde, avec cette formule de ce que nous sommes : nous sommes tous hors cadre.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&quot;Et pourtant, tout n'est que pr&#233;sence&quot;. Je ne l'avais pas vu. C'est la seconde rupture, la deuxi&#232;me torsion, celle que je n'explore pas dans l'EdKDaBdM mais qui est bien pr&#233;sente parce que le monde, en d&#233;pit de nos absences, de nos absents, de nos absents est pr&#233;sent, au point qu'on ne sait plus ce qui est pr&#233;sent du monde, comment le monde est pr&#233;sent, et pourtant, oui, il a raison, nos absences (&quot;Quel absent, quelle absente, quelle absence ?&quot;) ne peuvent se dessiner que sur le fond de la pr&#233;sence du monde, et il faut donc reconna&#238;tre que le monde, sur le fond duquel nous sommes absents, est pr&#233;sent. &lt;br&gt;
Il y avait le n&#233;anmoins de l'absence, et pourtant il y a la pr&#233;sence du monde. La relecture de cette tr&#232;s belle s&#233;rie me m&#232;ne &#224; dessiner par contraste et par jeux de diff&#233;renciations, ce que je cherche dans l'EdKDaBdM, qui est le c&#339;ur d'aux bords des mondes. J'explore et je relis ces textes comme on cherche sur une plage des &#233;clats de verre ou des coquillages, je les relis, j'y reviens, je ne sais lire qu'ainsi. Saisir peu &#224; peu le jeu de l'absence et de la pr&#233;sence que Christophe Grossi explore me m&#232;ne &#224; dessiner plus pr&#233;cis&#233;ment encore le tourbillon d'absence que je cherche &#224; faire de l'EdKDaBdM jusqu'au point d'effacer, par la pr&#233;sence de l'absence, la pr&#233;sence du monde. Mais c'est un geste de col&#232;re, et assur&#233;ment Christophe Grossi a raison : &quot;Et pourtant, tout n'est que pr&#233;sence&quot;. L'EdKDaBdM est une r&#233;volte contre la pr&#233;sence du monde.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>EdKDaBdM (63)</title>
		<link>http://www.auxbordsdesmondes.fr/spip.php?article1433</link>
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		<dc:date>2013-05-07T08:05:51Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Isabelle Pariente-Butterlin</dc:creator>


		<dc:subject>De Kooning</dc:subject>
		<dc:subject>Rauschenberg</dc:subject>

		<description>Comprendre, au fil des phrases, qu'on n'apprivoise pas l'absence. Comprendre l'absence en l'&#233;crivant. Comprendre de minuscules fragments du monde en tentant de les porter dans le langage, de les faire traverser la conscience, des ondes de choc qu'ils induisent en se manifestant au pr&#233;sent, vers les &#233;chos langagiers et dicibles. On ne peut pas faire mieux, on est face &#224; la puissance du monde, on est dans la puissance du monde, pour un peu on serait &#233;cras&#233;, broy&#233;, d&#233;chiquet&#233;, il reste &#233;crire, relever (...)

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		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Comprendre, au fil des phrases, qu'on n'apprivoise pas l'absence.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Comprendre l'absence en l'&#233;crivant. Comprendre de minuscules fragments du monde en tentant de les porter dans le langage, de les faire traverser la conscience, des ondes de choc qu'ils induisent en se manifestant au pr&#233;sent, vers les &#233;chos langagiers et dicibles. On ne peut pas faire mieux, on est face &#224; la puissance du monde, on est dans la puissance du monde, pour un peu on serait &#233;cras&#233;, broy&#233;, d&#233;chiquet&#233;, il reste &#233;crire, relever la t&#234;te, relever les yeux, &#233;crire, continuer le mouvement m&#234;me si ce n'est que de la main, des mains sur le clavier, de toutes fa&#231;ons le sens est musical et il faut &#233;chapper au silence de l'absence. Comprendre ce que l'absence arrache de soi quand on l'&#233;crit. &#201;crire ne change rien &#224; l'absence. Ou bien &#233;crire change tout, je ne sais pas. Je n'arrive pas &#224; d&#233;cider. Peut-&#234;tre qu'&#233;crire l'absence ne change rien &#224; elle, n'en modifie pas les contours, ne la d&#233;tourne pas, mais sinon comment faire ?&lt;/p&gt; &lt;p&gt;L'exercice d&#233;passe je/tu.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;i&gt;Tu me manques. I miss you.&lt;/i&gt; L'exercice n'est pas je. M&#234;me si c'est toi qui l'inities. Toi, du moins absent. Tu inities les phrases, tu as ouvert le gouffre, r&#233;v&#233;l&#233; la faille et la fragilit&#233; du monde, mais je n'y suis pour rien. Je ne suis que la chambre d'&#233;cho de ton absence. Je ne suis que la r&#233;sonance de ton absence dans l'&#234;tre. Il n'y a plus que le vide en moi laiss&#233; par ton absence. Ou du moins, peut-&#234;tre suis-je encore autre chose, mais ce qui se manifeste aux bords des mondes, en bordure de ce qu'il est possible de dire, c'est bien l&#224; que nous sommes, que nous marchons, en parall&#232;le au rivage du r&#233;el, ce qui se manifeste n'est que les &#233;chos infiniment prolong&#233;s de toi absent, que je ne croise pas, que j'attends, avec qui je n'ai pas rendez-vous, que je crois voir, qui pourrait, non, plus, qui ne peut, ce n'est plus inscrit, inscrit l&#224;, dans les possibles du monde.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;L'exercice d&#233;passe absolument, r&#233;solument je. L'exercice n'est pas moi. &lt;i&gt;Tu me manques / I miss you,&lt;/i&gt; interchangeabilit&#233; des postures, des positions, des lieux et des &#234;tres, au fond oui, finalement, des &#234;tres, m&#234;me eux, dans le monde. Nous, interchangeables, aux bords de l'absence, pench&#233;s au-dessus d'elle, tombant en elle, nous tous tombant en elle, tomb&#233;s en elle, et tentant de survivre. Mais il s'agit bien de moi, tiens. Ah oui, vraiment, il s'agit bien de moi, pauvre idiote.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Il ne s'agit de rien d'autre que d'&#233;couter l'absence, de l'entendre en soi r&#233;sonner, d'en saisir les &#233;chos, il ne s'agit de rien d'autre. Et qui pourrait bien pr&#233;tendre lui &#233;chapper ici-bas ? Qui pourrait le pr&#233;tendre ?&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Nous vivants, qui portons tous en nous l'absence, qui l'avons tous grav&#233;e en nous, simplement parce que nous sommes vivants au milieu des morts, debout au milieu des morts, de tous ceux qui sont allong&#233;s sous terre, de tous ceux qui sont sans s&#233;pulture, de tous ceux qui furent d&#233;vor&#233;s par les vautours dans les tours du silence, de tous ceux qui furent et qui &#224; pr&#233;sent sont br&#251;l&#233;s, d&#233;chiquet&#233;s, enterr&#233;s, port&#233;s en terre, morts sans s&#233;pulture, tomb&#233;s dans les fosses communes, dans les tranch&#233;es, ensevelis sous les gravats, sous les d&#233;combres, perdus en mer, oubli&#233;s dans les glaces, dans les gouffres, dans les profondeurs du monde qui nous avaleront, eux tous, et nous, vivants, nous les portons, ne pouvons pas ne pas les porter. L'absence est ins&#233;r&#233;e en nous, cisel&#233;e en nous, nous tous, vivants, qui sommes travers&#233;s de l'absence, avons tous, partageons tous ce vide en nous. Je mets au d&#233;fi qui que ce soit d'y &#233;chapper.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Et ce n'est pas l'absence. L'absence est un terme g&#233;n&#233;ral, conceptuel, tranquille et calme comme les abstractions. Il s'agit de toi, absent, il ne s'agit de rien d'autre que de toi absent. Nous portons tous notre absent. Nos absents. Nous sommes au milieu d'eux quand nous tentons de nous tenir dans le monde des pr&#233;sents et que nous ne reconnaissons aucun visage. Rien. Personne. Et nous sentons en nous ce gouffre que tu as ouvert, en devenant absent.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>EdKaBdM (62)</title>
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		<dc:date>2013-05-07T05:49:32Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Isabelle Pariente-Butterlin</dc:creator>


		<dc:subject>De Kooning</dc:subject>
		<dc:subject>Rauschenberg</dc:subject>

		<description>S'&#233;loigner rend l'absence supportable. Mais il ne faut pas revenir. C'est la condition pour qu'elle le demeure. On se croit fort, on pense qu'on l'a apprivois&#233;e, qu'on la porte en soi, comme ce collier fin qu'on ne quitte jamais, sauf une fois et on est tomb&#233;. S'&#233;loigner rend l'absence supportable, presque, il faudrait ne jamais revenir et on ne le peut pas toujours. Les replis de la vie font qu'on revient sur les lieux de l'absence. On la croyait apprivois&#233;e, tenue dans la conscience, dans les fibres, (...)

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		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;S'&#233;loigner rend l'absence supportable. Mais il ne faut pas revenir.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;C'est la condition pour qu'elle le demeure. On se croit fort, on pense qu'on l'a apprivois&#233;e, qu'on la porte en soi, comme ce collier fin qu'on ne quitte jamais, sauf une fois et on est tomb&#233;. S'&#233;loigner rend l'absence supportable, presque, il faudrait ne jamais revenir et on ne le peut pas toujours. Les replis de la vie font qu'on revient sur les lieux de l'absence. On la croyait apprivois&#233;e, tenue dans la conscience, dans les fibres, corrosive, certes, mais tout de m&#234;me : on pensait la contenir, la tenir, la retenir.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;On pensait, stupidement, ma&#238;triser l'absence.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;On ne ma&#238;trise rien, rien du tout. On revient sur les lieux-m&#234;mes de l'absence et on se heurte on se cogne on tr&#233;buche sur elle, on la prend au visage, dans le c&#339;ur, on s'arrache des fibres de l'&#234;tre sur elle, elle griffe, rudoie, bouscule, &#233;trangle, serre, on tente quelque chose de quotidien, sortir du b&#226;timent, aller fumer une cigarette, s'adosser &#224; une porte, presque rien, tenir debout, et elle est l&#224;, bouscule de nouveau, on tr&#233;buche, sa verticalit&#233; est plus fine plus haute plus d&#233;cid&#233;e plus d&#233;cisive que la n&#244;tre, on n'y peut rien, on fait ce qu'on peut, on &#233;vite les lieux les plus difficiles, les passages les plus dangereux, on d&#233;couvre soudain dans la ville, sous ses pas, de v&#233;ritables gouffres d'absence que personne ne semble voir, il faut croire que je suis la seule &#224; la d&#233;tecter, que je suis la seule &#224; tomber en eux. Les autres silhouettes passent, semblent passer, &#231;a passe, elles y arrivent, du moins elles semblent, elles ont sans doute leurs propres gouffres dans lesquels dispara&#238;tre mais je ne les vois pas, je ne les remarque pas.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;On pensait pouvoir se tenir au quotidien.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Mais &#231;a ne fonctionne pas, pas du tout, pas le moins du monde. On se griffe l'&#234;tre sur le quotidien, &#231;a ne fonctionne pas, plus rien ne fonctionne, les moindres gestes sont des ronces et griffent les mains, les jambes, et parfois m&#234;me les joues, le monde est &#233;pineux, on ne peut plus avancer, on est dans la rue, droite, lisse, intacte, parfaitement ma&#238;tris&#233;e, et toutes les fibres de l'&#234;tre se d&#233;chirent sur des griffures invisibles qu'on ne comprend m&#234;me pas, qu'on ne sait pas, qu'on n'explique pas, sinon par l'absence. Et puis soudain, au coin d'une rue, &#224; un carrefour, quelque part, on sait pourquoi mais on essayait de l'emp&#234;cher de remonter jusqu'&#224; la conscience, on faisait comme si, comme si on n'avait rien remarqu&#233;, rien vu, on se heurte frontalement &#224; l'absence.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Faire comme si ne sert &#224; rien. Il faut se rendre &#224; l'&#233;vidence de l'absence.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>On n'est jamais absent, Christophe Grossi (3)</title>
		<link>http://www.auxbordsdesmondes.fr/spip.php?article1431</link>
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		<dc:date>2013-05-06T15:55:49Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Isabelle Pariente-Butterlin</dc:creator>


		<dc:subject>web &amp; Internet</dc:subject>
		<dc:subject>litt&#233;rature</dc:subject>
		<dc:subject>Grossi, Christophe</dc:subject>

		<description>Nous nous sommes crois&#233;s quelque part en bas de la rue de Tolbiac, et nous avons eu &#224; peu pr&#232;s les m&#234;mes pens&#233;es. Penser &#224; Tardi, penser que c'est nul de penser &#224; Tardi, penser que le quartier a trop chang&#233; pour que penser &#224; Tardi ait du sens, et n&#233;anmoins, &#234;tre heureux de penser &#224; Tardi : &quot;(&#8230;) je prenais des photos et je pensais &#224; Tardi. C'&#233;tait nul de penser &#224; lui &#224; ce moment-l&#224;, je me disais c'est st&#233;r&#233;otyp&#233; de penser &#224; Tardi dans ce quartier qui ne ressemblait plus &#224; celui qu'il avait tant foul&#233; et (...)

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&lt;a href="http://www.auxbordsdesmondes.fr/spip.php?mot277" rel="tag"&gt;Grossi, Christophe&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Nous nous sommes crois&#233;s quelque part en bas de la rue de Tolbiac, et nous avons eu &#224; peu pr&#232;s les m&#234;mes pens&#233;es. Penser &#224; Tardi, penser que c'est nul de penser &#224; Tardi, penser que le quartier a trop chang&#233; pour que penser &#224; Tardi ait du sens, et n&#233;anmoins, &#234;tre heureux de penser &#224; Tardi :&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&quot;(&#8230;) je prenais des photos et je pensais &#224; Tardi. C'&#233;tait nul de penser &#224; lui &#224; ce moment-l&#224;, je me disais c'est st&#233;r&#233;otyp&#233; de penser &#224; Tardi dans ce quartier qui ne ressemblait plus &#224; celui qu'il avait tant foul&#233; et d&#233;crit mais j'&#233;tais bien&quot;. (&lt;a href=&quot;http://deboitements.net/spip.php?article53&quot; class='spip_out' rel='external'&gt;On n'est jamais absent, 1&lt;/a&gt;)&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Nous ne nous sommes pas crois&#233;s rue de Tolbiac. Ou bien nous nous sommes crois&#233;s et nous ne le savons pas. Ce qui annule le hasard, puisque nous n'avons pas su le rep&#233;rer. Mais nous nous sommes crois&#233;s dans la r&#234;verie de Tardi en bas de la rue de Tolbiac, dans l'&#233;vocation de son nom, des dessins, et sans-doute aussi du vieux pont de Tolbiac auquel je commence, je m'en rends compte &#224; pr&#233;sent, &#224; oublier de penser quand je passe. La ville surimpose ses strates les unes aux autres, et on se surprend &#224; oublier.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Nous ne nous sommes pas crois&#233;s, mais nous sommes si nombreux, sans doute, &#224; &#234;tre travers&#233;s de la r&#234;verie de Tardi quand nous passons rue de Tolbiac que nous ne sommes pas seuls, m&#234;me quand nous sommes seuls. Peut-&#234;tre sommes-nous moins seuls quand nous sommes dans une r&#234;verie commune, dans une r&#234;verie en partage, que dans nos pens&#233;es. C'est sans doute cet espace que nous offre les livres, dans lequel nous croiser, chacun dans nos r&#234;veries mais elle est pour partie en commun entre nous.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Tenter de se tenir au pr&#233;sent, et &lt;i&gt;n&#233;anmoins&lt;/i&gt; &#234;tre ailleurs, les disjonctions s'articulent et se d&#233;sarticulent, nous n'y sommes pour rien, ce n'est pas nous qui voulons &#231;a, c'est le monde qui le veut, c'est ainsi, le monde nous d&#233;sarticule et d&#233;sarticule le temps, nous nous contentons de nous tenir &#224; ce que nous croyons savoir :&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&quot;Il y a toujours autant de grues et de barri&#232;res dans le quartier mais les immeubles des bureaux jamais &#233;teints ont pouss&#233;. On croirait revenir dans le petit bois qu'on a connu enfant sauf que maintenant le bois est une for&#234;t, sauf qu'il n'y a pas beaucoup d'arbres ici.&quot; (&lt;a href=&quot;http://deboitements.net/spip.php?article53&quot; class='spip_out' rel='external'&gt;On n'est jamais absent, 1&lt;/a&gt;)&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Le monde nous d&#233;sarticule, se casse : nous pousse &#224; la disjonction. Je commence &#224; penser que ce &lt;i&gt;n&#233;anmoins&lt;/i&gt; est une chausse-trappe que le monde le tend et dans laquelle nous ne manquons pas de tomber. &lt;br&gt;
Et puis il y a ces pens&#233;es qui nous traversent et qu'alors, nous avons besoin d'&#233;crire (c'est parfois &#224; cela, tout simplement, que sert Twitter, noter, et mettre en partage, noter pour soi et mettre tout de suite en partage, parce que peut-&#234;tre, on ne sait pas, quelqu'un nous rejoindra dans cette r&#234;verie commune) :&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&quot;On n'est jamais absent, avait dit ce type dans le tramway. Je me r&#233;p&#233;tais sa phrase tandis qu'il riait avec n'importe qui. On &#233;tait debout, serr&#233;s comme dans le m&#233;tro, je me r&#233;p&#233;tais On n'est jamais absent et aujourd'hui je me demande si absent prenait un s dans sa bouche.&quot;(&lt;a href=&quot;http://deboitements.net/spip.php?article53&quot; class='spip_out' rel='external'&gt;On n'est jamais absent, 1&lt;/a&gt;)&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>On n'est jamais absent, Christophe Grossi (2)</title>
		<link>http://www.auxbordsdesmondes.fr/spip.php?article1430</link>
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		<dc:date>2013-05-05T06:33:36Z</dc:date>
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		<dc:creator>Isabelle Pariente-Butterlin</dc:creator>


		<dc:subject>web &amp; Internet</dc:subject>
		<dc:subject>litt&#233;rature</dc:subject>
		<dc:subject>Grossi, Christophe</dc:subject>

		<description>Est-ce donc que nous sommes tous scind&#233;s ? La question ne peut manquer de traverser l'esprit de ceux qui, comme Christophe Grossi, sont attentifs &#224; la pr&#233;sence de l'absence dans le pr&#233;sent, ou &#224; la pr&#233;sence des absents, ou &#224; l'absence en tant qu'elle dessine des creux dans le pr&#233;sent. Ainsi, dans &quot;On n'est jamais absent&quot;, 2 : &quot;Ici, &#233;crivant, o&#249; suis-je pr&#233;sent ? Pour qui suis-je pr&#233;sent ? Pour qui suis-je absent ? Lequel de nous manque ?&quot; Comme si l'absence dessinait des creux dans le trac&#233; du r&#233;el, dans (...)

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&lt;a href="http://www.auxbordsdesmondes.fr/spip.php?mot277" rel="tag"&gt;Grossi, Christophe&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Est-ce donc que nous sommes tous scind&#233;s ? La question ne peut manquer de traverser l'esprit de ceux qui, comme Christophe Grossi, sont attentifs &#224; la pr&#233;sence de l'absence dans le pr&#233;sent, ou &#224; la pr&#233;sence des absents, ou &#224; l'absence en tant qu'elle dessine des creux dans le pr&#233;sent.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Ainsi, dans &lt;a href=&quot;http://deboitements.net/spip.php?article12&quot; class='spip_out' rel='external'&gt;&quot;On n'est jamais absent&quot;, 2&lt;/a&gt; : &quot;Ici, &#233;crivant, o&#249; suis-je pr&#233;sent ? Pour qui suis-je pr&#233;sent ? Pour qui suis-je absent ? Lequel de nous manque ?&quot; Comme si l'absence dessinait des creux dans le trac&#233; du r&#233;el, dans lesquels nous pourrions tout &#224; fait, et m&#234;me sans le vouloir, nous abstraire du pr&#233;sent et de sa pr&#233;sence. L'absence est sans doute un temps des verbes, je retrouve cette id&#233;e &#224; la lecture de ce tr&#232;s beau &quot;On n'est jamais absent&quot;. Ele m'a d&#233;j&#224; travers&#233; l'esprit, et je la retrouve ici, sugg&#233;r&#233;e par le texte. Il y a un temps du pr&#233;sent qui est l'absence.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Je ne suis pas loin de souscrire &#224; cette hypoth&#232;se : &quot;Peut-&#234;tre n'est-on jamais qu'absent.&quot; Comment fait-on pour co&#239;ncider l&#224;, dans le monde, avec son &#234;tre ? Comment fait-on pour co&#239;ncider avec son &#234;tre, et plus g&#233;n&#233;ralement avec le monde ? Je ne vois presque pas de certitude de co&#239;ncider avec soi. Et ce mouvement est amplifi&#233;, rendu encore plus vaste par les mouvements d'&#233;criture ou de lecture. Sans doute sont-elles deux activit&#233;s qui ouvrent dans le pr&#233;sent dans lequel nous sommes une possibilit&#233; de l'absence au pr&#233;sent et au monde. Elles nous concentrent et ram&#232;nent toute notre sph&#232;re &#224; la page sur laquelle, ou dans laquelle, nous sommes pench&#233;s et qui ouvre tout un monde.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Je fais un d&#233;tour, par une id&#233;e qui, en boucle, nous ram&#232;ne &#224; la question de la pr&#233;sence de l'absence. J'ai en t&#234;te depuis des ann&#233;es un passage des Antinomies de la &lt;i&gt;Critique de la Raison pure&lt;/i&gt;, B555 dans lequel Kant rel&#232;ve la trace de la possibilit&#233; du jugement de valeur sur les actions lorsque nous comprenons pourquoi l'autre a agi comme il l'a fait, quelles sont les d&#233;terminations qui p&#232;sent sur lui et que n&#233;anmois nous continuons &#224; penser qu'il n'aurait pas d&#251; agir comme il l'a fait. Cette structure du n&#233;anmoins, de la rupture qu'elle institue dans le monde &#233;tait d&#233;j&#224; pr&#233;sente dans les remarques que j'ai &#233;voqu&#233;es, dans le pr&#233;c&#233;dent billet, sur l'acrasie davidsonienne. Le n&#233;anmoins est une structure bris&#233;e dans notre monde. Je l'aime infiniment et elle me touche. Revenons au texte de l'Antinomie. Kant imagine un homme qui avait besoin d'argent, ne savait pas comment en obtenir, &#233;tait mal conseill&#233;, mal &#233;duqu&#233;, pris dans ses mauvaises fr&#233;quentations, et qui donc a menti pour obtenir de l'argent. Et n&#233;anmoins, m&#234;me si nous le comprenons les d&#233;terminations qui p&#232;sent sur lui, nous continuons &#224; penser qu'il n'aurait pas d&#251; agir ainsi. Or, pour que cela ait du sens de penser qu'il n'aurait pas d&#251; agir ainsi, il faut penser en creux que c'est possible, il faut penser qu'il y a un creux dans le r&#233;el qui laissait ouverte une autre possibilit&#233;. Je ne discute &#233;videmment pas ici de l'exemple de Kant ni du poids des d&#233;terminations qui parfois p&#232;sent sur les agents. Mais toute la philosophie pratique kantienne consiste &#224; penser que nous avons toujours la possibilit&#233; de nous inscrire dans le monde en ouvrant des possibles. C'est cela qui m'int&#233;resse ici : il y a toujours des possibles, et pour que ces possibles puissent se r&#233;aliser, il faut qu'il y ait, dans la causalit&#233; qui se d&#233;ploie dans le monde, des creux.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Cette id&#233;e est fascinante : que le monde ne soit pas plein, mais qu'il laisse ouverts des creux. Celui de Kant est d'une autre nature que celui que Christophe Grossi, dans cette s&#233;rie, explore, qui est le m&#234;me que celui de l'EdKDaBdM. Mais c'est sans doute une m&#234;me repr&#233;sentation du monde comme ouvrant des creux sous nos pas que Kant avait en t&#234;te. Et d'ailleurs, la bonne action est chez lui une action dans laquelle nous co&#239;ncidons parfatement avec nous-m&#234;mes, puisque nous pouvons vouloir sans restriction aucune ce que nous voulons. Or pr&#233;cis&#233;ment, je rejoins l'impression qui se d&#233;gage de &quot;On n'est jamais absent&quot; : on ne co&#239;ncide jamais avec soi.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Ni non plus avec les autres. &quot;Je ne suis pas l&#224;, pas l&#224; pour vous accueillir tandis que vous recevez ces mots.&quot; Il n'emp&#234;che que nous nous croisons dans le m&#234;me espace de la page, dans le m&#234;me espace ouvert par les phrases que Christophe Grossi a &#233;crites. Il me devient &#233;vident, en lisant cette phrase, soudain, que lire un auteur c'est croiser son absence dans une rue dans laquelle il est pass&#233;, et o&#249; nous passons. Mais le miracle des phrases parvient &#224; faire que cette absence est plus pleine que n'importe quelle pr&#233;sence. Lisant, nous marchons dans des villes fantomatiques et plus r&#233;elles que notre monde, dans lesquelles le temps aboli nous permet de croiser des auteurs que la disjonction temporelle nous emp&#234;che de rencontrer. Nous nous rencontrons dans leurs phrases. Elles deviennent des traces de soi-comme-auteur que nous laissons dans l'espace immense et ouvert du langage.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Cette disjonction de l'auteur et du lecteur, qui est normale et &#233;vidente dans le monde de l'&#233;criture et de la lecture, devient vite insupportable dans le monde autre (celui que, pour ma part, je trouve moins r&#233;el). Il me semble que c'est de ce jeu de disjonctions dont sont victimes les personnages des films de Wong Kar-Wai, disjonctions temporelles qui font que, quand ils se disent enfin une phrase qui comptait, ils se la disent trop tard, &#224; un moment o&#249; l'autre ne veut plus l'entendre, ou ne le peut plus. Ils ne se disent jamais dans le pr&#233;sent ce qu'ils devraient se dire pour co&#239;ncider avec le monde et pour se rencontrer. L'espace de la lecture et de l'&#233;criture permet de ma&#238;triser ces disjonctions qui nous brisent dans le monde ext&#233;rieur. Ma&#238;tris&#233;es, elles deviennent inoffensives et nous prot&#232;gent m&#234;me de celles qui nous assaillent &#224; l'ext&#233;rieur.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Je laisse de nouveau le mot de la fin &#224; Christophe Grossi : &quot;Quand j'abandonnerai ces m&#234;mes mots, ils ne m'appartiendront plus, ils ne seront plus &#224; moi, plus en moi. Ils seront en vous, ils vous appartiendront. Vous en ferez peut-&#234;tre quelque chose ou rien, vous ferez bien comme vous voudrez. Je ne serai pas l&#224; pour voir comment ils entreront, resteront ou sortiront de vous. Comme vous n'&#234;tes pas l&#224; au moment o&#249; je les pose.&quot; On n'abandonne pas des mots. On les envoie dans l'espace immense d'Internet et quelqu'un les re&#231;oit.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>On n'est jamais absent, Christophe Grossi</title>
		<link>http://www.auxbordsdesmondes.fr/spip.php?article1429</link>
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		<dc:date>2013-05-04T05:27:17Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Isabelle Pariente-Butterlin</dc:creator>


		<dc:subject>web &amp; Internet</dc:subject>
		<dc:subject>litt&#233;rature</dc:subject>
		<dc:subject>Grossi, Christophe</dc:subject>

		<description>&#201;crire sur le net, c'est aussi &#233;crire parmi les auteurs du web, et cr&#233;er des n&#339;uds de lecture et d'&#233;criture, qui sont des liens de lecture et d'&#233;criture. J'ai eu envie d'en dire un, en particulier, qui s'est nou&#233; avec la s&#233;rie &quot;On n'est jamais absent&quot; de Christophe Grossi, sur son tr&#232;s beau site D&#233;bo&#238;tements. Christophe Grossi &#233;crit, dans &quot;On n'est jamais absent&quot;, 3 : &quot;Presque trois mois plus tard, On n'est jamais absent r&#233;sonne toujours.&quot; Et des jours plus tard, et je ne doute pas qu'il sera possible et vrai (...)

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&lt;a href="http://www.auxbordsdesmondes.fr/spip.php?mot277" rel="tag"&gt;Grossi, Christophe&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&#201;crire sur le net, c'est aussi &#233;crire parmi les auteurs du web, et cr&#233;er des n&#339;uds de lecture et d'&#233;criture, qui sont des liens de lecture et d'&#233;criture. J'ai eu envie d'en dire un, en particulier, qui s'est nou&#233; avec la s&#233;rie &quot;On n'est jamais absent&quot; de &lt;a href=&quot;http://www.publie.net/fr/ebook/9782814504936/va-t-en-va-t-en-c-est-mieux-pour-tout-le-monde&quot; class='spip_out' rel='external'&gt;Christophe Grossi&lt;/a&gt;, sur son tr&#232;s beau site &lt;a href=&quot;http://deboitements.net/&quot; class='spip_out' rel='external'&gt;D&#233;bo&#238;tements&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Christophe Grossi &#233;crit, dans &quot;&lt;a href=&quot;http://deboitements.net/spip.php?article360&quot; class='spip_out' rel='external'&gt;On n'est jamais absent&quot;, 3&lt;/a&gt; : &quot;Presque trois mois plus tard, On n'est jamais absent r&#233;sonne toujours.&quot; Et des jours plus tard, et je ne doute pas qu'il sera possible et vrai de dire, des mois plus tard, cette phrase r&#233;sonne toujours en moi. &lt;br&gt;
Il est suffisamment &#233;tonnant que l'&#233;cho des phrases rejoignent le r&#233;el et vienne se planter en lui, pour que j'aie voulu le souligner aux bords des mondes.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&quot;On n'est jamais absent, pourtant je ne suis pas l&#224; ou plus l&#224;.&quot; C'est peut-&#234;tre parce que personne n'est jamais absent, ou parce qu'on s'en tient &#224; l'absence des autres qu'on n'est plus l&#224;. C'est peut-&#234;tre parce qu'&#224; un moment on traverse le monde en compagnie des absents. &lt;br&gt;
J'aurais pu poser ces questions &#224; Christophe, avoir envie d'en discuter avec lui, par mail, d'ailleurs j'y ai pens&#233;, bien s&#251;r. Mais je ne crois pas &#224; la superposition et &#224; la co&#239;ncidence exacte de l'auteur et de l'individu. Ces questions-l&#224; deviennent intimes si on les pose par mail, ou dans une conversation, et cessent de l'&#234;tre, ou le sont autrement, si on les pose dans l'espace d'internet o&#249; nous sommes ce que nous &#233;crivons. O&#249; nous ne sommes que ce que nous &#233;crivons. J'aime ces jeux de distance entre soi et soi, dans l'&#233;criture. C'est en ce sens que l'&#233;criture nous permet de nous construire, et de nous reconstituer apr&#232;s l'&#233;parpillement de nous que produit le r&#233;el. C'est en ce sens aussi que je ne suis pas le je des bords des mondes.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;De nouveau, le texte rejoint le monde. C'est sans doute ce qui se passe partout dans toute la litt&#233;rature et dans toute l'&#233;criture, philosophique aussi. Mais il y a des moments, des phrases, des lieux, des endroits o&#249; cette conjonction est &#233;poustouflante. Et cette absence &#224; soi que cis&#232;le Christophe Grossi s'exprime, je crois, ici, dans ce type de &quot;d&#233;bo&#238;tements&quot;, un pas de c&#244;t&#233; : &quot;Il me tarde de rentrer chez moi alors que je n'ai pas choisi le trajet le plus rapide.&quot; C'est bien l&#224; qu'on la rep&#232;re. Ce pourrait &#234;tre d'ailleurs ce que &lt;a href=&quot;http://books.google.fr/books/about/Essays_on_actions_and_events.html?id=Bj2HHI0c2RIC&amp;redir_esc=y&quot; class='spip_out' rel='external'&gt;Davidson&lt;/a&gt; d&#233;signe comme un ph&#233;nom&#232;ne d'acrasie : &quot;j'ai toutes les raisons de faire x et n&#233;anmoins je fais y&quot;. Soyons clairs, on ne sait pas si l'acrasie existe. Je ne veux pas en d&#233;battre ici. Mais c'est peut-&#234;tre d'elle qu'il est question, dans ces pas de c&#244;t&#233; que nous faisons, dans ces sorties de route de nous-m&#234;mes, dans cette absence de nous &#224; nous-m&#234;me.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Est-ce parce que nous sommes absents &#224; nous-m&#234;me, scind&#233;s, d&#233;bo&#238;t&#233;s que &quot;je ne supporte pas d'&#234;tre photographi&#233;&quot;, nous ne supportons pas d'&#234;tre photographi&#233; ? Le clich&#233; nous fixe, nous perfore, voudrait nous obliger &#224; co&#239;ncider avec nous, et nous savons bien que, m&#234;me si le portrait dit le contraire, nous ne co&#239;ncidons pas avec nous-m&#234;mes. Jamais. Que nous sommes en compagnie des absents. Que nous ne sommes pas ce que nous sommes, et que le clich&#233; nous renverra autre chose de nous parce que nous ne sommes pas ce que nous sommes.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;On en arrive alors &#224; nouer un &#233;trange paradoxe. Les absents ne sont pas absents, ils sont pr&#233;sents autour de nous, ils nous entra&#238;nenent dans leur absence, et nous qui sommes pr&#233;sents, sommes travers&#233;s, envelopp&#233;s, entour&#233;s d'eux, et donc infiniment plus absents, infiniment plus us&#233;s que les absents eux-m&#234;mes. Nous les croisons dans un chiasme ontologique qui nous d&#233;chire et nous scinde. &lt;br&gt;
Cette phrase, &quot;On n'est jamais absent&quot; r&#233;sonne dans toute la s&#233;rie qui est en ce moment au centre des bords des mondes : &lt;a href=&quot;http://www.auxbordsdesmondes.fr/spip.php?rubrique49&quot; class='spip_out'&gt;L'EdKDaBdM&lt;/a&gt;. Parce que je refuse l'absence des absents et m'arc-boute contre leur effacement, tente de le rejoindre, tente de le rejoindre pour &#233;viter qu'ils ne s'efffacent, cherche le m&#234;me effacement qu'eux pour ne pas les perdre. Je ne suis pas le je des bords des mondes.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Je rejoins Christophe Grossi dans ce trajet en ville &#224; distance de soi et je lui laisse le mot de la fin, puisque nos deux textes co&#239;ncident et se rencontrent ici, tr&#232;s exactement ici : &quot;Contrairement &#224; ce qu'avait dit cet homme en d&#233;but d'ann&#233;e, je crois que je suis souvent absent et que ces images o&#249; les mouvements sont fig&#233;s me rappellent que les absents, les partis pour de bon, ont beau &#234;tre pr&#233;sents en moi, ils manquent, parfois atrocement.&quot;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Parcourir le monde (92) torrentiel</title>
		<link>http://www.auxbordsdesmondes.fr/spip.php?article1428</link>
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		<description>Ce qui manque, c'est le bruit. Assourdissant. L'impression est torrentielle et immense. On se tient aux bords. On ne peut m&#234;me pas parler. On regarde, on ne parle pas. On ne pourrait pas, de toutes fa&#231;ons. On regarde. On est assourdi de silence rebondissant et rejaillissant, et on ne peut rien faire d'autre, que regarder. L'&#233;cume est le torrent du monde, on la regarde, fascin&#233;s, et silencieux, rendus par elle silencieux. Le monde est aux bords du torrent, bleu p&#226;le, (...)

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		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Ce qui manque, c'est le bruit. Assourdissant.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;span class='spip_document_1759 spip_documents spip_documents_center'&gt;
&lt;img src='http://www.auxbordsdesmondes.fr/local/cache-vignettes/L320xH240/photo-515-f7f56.jpg' width='320' height='240' alt=&quot;&quot; style='height:240px;width:320px;' /&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;L'impression est torrentielle et immense.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;span class='spip_document_1760 spip_documents spip_documents_center'&gt;
&lt;img src='http://www.auxbordsdesmondes.fr/local/cache-vignettes/L320xH240/photo-516-3d3bf.jpg' width='320' height='240' alt=&quot;&quot; style='height:240px;width:320px;' /&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;On se tient aux bords. On ne peut m&#234;me pas parler.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;span class='spip_document_1761 spip_documents spip_documents_center'&gt;
&lt;img src='http://www.auxbordsdesmondes.fr/local/cache-vignettes/L320xH240/photo-517-1e230.jpg' width='320' height='240' alt=&quot;&quot; style='height:240px;width:320px;' /&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;On regarde, on ne parle pas. On ne pourrait pas, de toutes fa&#231;ons.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;span class='spip_document_1762 spip_documents spip_documents_center'&gt;
&lt;img src='http://www.auxbordsdesmondes.fr/local/cache-vignettes/L320xH240/photo-518-83b70.jpg' width='320' height='240' alt=&quot;&quot; style='height:240px;width:320px;' /&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;On regarde. On est assourdi de silence rebondissant et rejaillissant, et on ne peut rien faire d'autre,&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;span class='spip_document_1763 spip_documents spip_documents_center'&gt;
&lt;img src='http://www.auxbordsdesmondes.fr/local/cache-vignettes/L320xH240/photo-519-8ca57.jpg' width='320' height='240' alt=&quot;&quot; style='height:240px;width:320px;' /&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;que regarder.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;span class='spip_document_1764 spip_documents spip_documents_center'&gt;
&lt;img src='http://www.auxbordsdesmondes.fr/local/cache-vignettes/L320xH240/photo-520-3159b.jpg' width='320' height='240' alt=&quot;&quot; style='height:240px;width:320px;' /&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;L'&#233;cume est le torrent du monde, on la regarde, fascin&#233;s, et silencieux, rendus par elle silencieux.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;span class='spip_document_1765 spip_documents spip_documents_center'&gt;
&lt;img src='http://www.auxbordsdesmondes.fr/local/cache-vignettes/L320xH240/photo-521-69544.jpg' width='320' height='240' alt=&quot;&quot; style='height:240px;width:320px;' /&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Le monde est aux bords du torrent, bleu p&#226;le, infiniment p&#226;le&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;span class='spip_document_1766 spip_documents spip_documents_center'&gt;
&lt;img src='http://www.auxbordsdesmondes.fr/local/cache-vignettes/L320xH240/photo-522-60626.jpg' width='320' height='240' alt=&quot;&quot; style='height:240px;width:320px;' /&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;et on demeure silencieux.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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