Expérience de déplacement d’un texte. Le texte de l’image 138 de soi effervescent, le même texte, car je soutiens qu’il s’agit là du même texte, change de rubrique, et passant dans la rubrique NoEgo devient ce qu’il est à présent.
Soi au fond de l’eau. Soi, recroquevillé au fond de l’eau, comme une petite pastille effervescente, après l’impact avec la surface, les bulles, soi descendu au fond de l’eau. Soi, comme une pastille d’eau de javel, de celles qu’on met dans les piscines, dans les jardins, ou dans les fontaines, dans les villes, qui autour d’elles répandent des bulles obstinément, et change la coloration du monde. Déjà, ça ne marche pas.
On ne se dissout pas. Rien ne change.
La tentation est là. Comme une petite scorie. Comme un caillou. Comme un scrupule dans la conscience. Enfin quelque chose qui ne tourne pas rond. Qui empêche de remonter.
La tentation est là, de rester, de ne pas bouger. D’attendre. De jouer. Jouer avec la limite. Plus forte pour un instant encore que celle de respirer, de revenir. Jouer avec la limite, encore un peu. Celle où l’air est trop loin, dans le temps, comme dans l’espace. Soi, se rongeant, s’amenuisant, soi se réduisant, se rongeant, soi, rétrécissant, disparaissant. Pour voir, rien que pour voir, pas sérieux, juste comme ça, ce que ça donne, rester un peu trop longtemps, jusqu’au moment où on n’y arrive plus. À ne pas respirer. À se dissoudre, donc : se dissoudre.
Soi se dissolvant.
Ça ne marche jamais. Soi se dissolvant comme un produit chimique, soi, par une réaction chimique, soi trouvant, réunissant autour de soi les conditions d’une réaction chimique permettant, de soi, la simple dissolution, ça ne fonctionne jamais, il manque toujours un paramètre, ou un produit, ça ne marche jamais, les conditions ne sont jamais réunies, la réaction paraît commencer, il y a des bulles, comme une effervescence, on ne se dissout pas, il y a déjà l’impression de n’être pas, de ne pas exister, de s’effacer, de disparaître, on ne se dissout pas.
Même dans l’atmosphère javellisée des piscines qui pourtant devrait être propice à ce type de réaction, le milieu est favorable, je ne comprends pas pour quelle raison ça ne fonctionne pas, ça ne fonctionne jamais, j’ai beau essayer, répéter, le milieu est : irritant, la respiration y est : presque impossible, et les larmes remplissent les yeux, mêlées à quelque liquide qui n’est pas de l’eau, d’un bleu intense et plastifié, qui ne devrait donner rien de naturel.
On pourra répéter autant de fois qu’on le veut les mêmes immersions, suivies de la même attente, l’apnée immobile est interdite, je sais, je ne fais pas d’apnée, je tente une expérience de dissolution, ce n’est pas de l’apnée, c’est une expérience de dissolution par l’effervescence qui aurait pu paraître s’emballer, il y a eu en effet, comme je m’y attendais, une belle effervescence, et la réaction ne marche jamais, elle ne fonctionne jamais, tout paraît bien se passer, on croit que ça commence, puis la causalité se bloque, s’enraye, les bulles se dispersent, elles remontent à la surface, alors qu’elles auraient dû s’intensifier, et soudain ce besoin d’air, ce besoin de respirer, et quelque chose, je suppose, comme l’élan vital, qui vient annuler l’expérience.
Et on remontera respirer.
1ère mise en ligne et dernière modification le 12 août 2012.
