Obliques et rouges


Revenir avec des couleurs. Des impressions. Des contrastes.

Rester vivant. C’est pas sûr. Revenir, c’est comme ça. Rentrer. Repartir. On s’en moque. Quelle importance ? Rester vivant, avancer, quoi. Rien à faire. Besoin de couleurs. De palpitations. De surlignements. D’insistance. C’est ça, être en vie ? C’est quoi, être en vie ? Ça rime à quoi ? En tout cas, dans la rue, il y a de la couleur. Rouge vif. C’est déjà ça. Tiens, ça réveille, ça passe la barrière de ma conscience. J’ai pas dit que je comprenais, j’ai dit : ça passe, ça touche, ça se sent. Je comprends rien mais je perçois. C’est pas si mal.

C’est toujours comme ça, être en vie ? Prendre un coup. Un autre. Sourire. C’est comme ça ? et pour se sentir en vie, il faut … quoi ? … des tâches colorées dans le regard parce que sinon on n’est pas très sûr ? Des tâches colorées, c’est déjà pas mal. Au mieux, ici, je les perçois. Peut-être par éclats. Peut-être par entrefilets dans la conscience, j’en sais rien, c’est quoi la conscience ? Déjà qu’on ne sait rien, on ferait mieux de s’en tenir à des impressions colorées.

Ça penche, tu vois. Tu vois ? En pente, oblique et rouge. Oui mais bon, pour rentrer, pour revenir, pour se retrouver, ça sert à rien, parce que non, enfin, j’en sais rien, mais il peut partir, c’est pas possible de se fier à des reflets, des couleurs, des impressions, pour retrouver son chemin, mais sous le coup contre-coup et encore, un, direct, du décalage horaire, et je te parle pas du retour, plutôt crever.

Faudra trouver autre chose. Pour sortir de là. Obliques et rouges. Pour sortir de là. Pour retourner dans le réel. Le réel de plein fouet. Le réel direct. Oui mais bon, ça a quel intérêt le réel direct du poing dans la gueule et des déchirements et des déceptions. Et le premier qui vient me dire que je suis pas à plaindre … ! Qu’il y a pire ! ça va, c’est bon, j’ai pas besoin de pitié, juste d’un escalier pour retourner dans le réel, et encore je suis pas sûre d’en avoir envie …

Fermer les yeux, fermer les fenêtres, ne pas sentir le vent ? Mais pourquoi ne pas sentir le vent ? Même si se perçoit, dans le vent, il vient du Nord, autre chose, que je connaissais pas, quelque chose comme la caresse de la glace, son emprise, quelque chose d’immense comme les glaces inconnues de moi. Pourtant le vent est doux. Mais c’est cela qu’il dit. Je le perçois parfaitement.

Puis après claquer la porte. La lourde porte. Ça suinte, les rêves suintent, les possibles suintent, sous les lourdes portes rouges et sombres. Elles claquent. Elles claquent et pourtant ça suinte.



Isabelle Pariente-Butterlin _ Licence Creative Commons BY-NC-SA
1ère mise en ligne et dernière modification le 3 mai 2012.



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