Turquoise et vert-de-gris


Ici ou là, les phrases se déroulent.

On arrive, on cherche quoi ? On arrive, on cherche la sortie, on passe la douane, on cherche son passeport, on cherche une réponse, puis un taxi, on renonce, on fait demi-tour, on cherche un bureau de change, on dit "Bonsoir", on corrige "Bonjour", on cherche dans sa poche, on cherche ses mots,on cherche la monnaie, on cherche à retenir, des équivalences, on cherche de nouveau un taxi, on cherche l’adresse, on dit le nom de l’hôtel et on attend que la ville défile.

Et la ville défile comme une phrase.

Elle se scande. D’abord des arbres. Des silhouettes encore hivernales, dont les arborescences dessinent comme des griffures fines sur l’iPhone quand on essaie de les saisir en roulant, derrière la vitre du taxi, comme ça, à la volée. Tenter, pendant quelques jours, de tout ressentir.
Écouter la tonalité très spécifique de l’arrivée. Simplement la saisir. Elle s’immisce profondément, dans la mémoire. Précisément, dans la dimension la plus tacite de la mémoire. Celle dans laquelle, involontairement, on replongera chaque fois qu’on pensera à la ville, à ici. Il suffit de la laisser se déployer. De regarder la ville approcher. De regarder la ville sortir des arbres. De sentir l’attraction qu’elle exerce. De la laisser s’exercer. D’entendre une tonalité.

Le phrasé est vert-de-gris.

Comme les toits, comme les couleurs, comme le ciel, comme l’espace. Le phrasé est vert-de-gris, un peu métallique, et puis ça y est, l’espace s’ouvre. On le sent : l’espace s’ouvre. Tout ce qui manquait, l’espace, est là. Il commence tout de suite, il impose sa présence. On cherche la clef, on cherche la chambre, on rebranche, on capte la wifi, on dépose les affaires, on dépose un peu de fatigue, on vide le contenu de ses poches, on cherche les prises électriques, on regarde la vue, on cherche des vêtements chauds, on revient à la fenêtre. Et puis on referme la porte et on sort.
L’espace est là. Naturellement. Les pas portent vers le fleuve. Il suffit de monter une rue, de suivre une pente naturelle, et l’espace s’ouvre sur le fleuve. On regarde. On suit la ligne. Il n’y a besoin de rien d’autre.

On dirait que c’est la mer. Mais non. C’est le fleuve. Pourtant, on dirait la mer. Le crépuscule est presque turquoise.



Isabelle Pariente-Butterlin _ Licence Creative Commons BY-NC-SA
1ère mise en ligne et dernière modification le 25 avril 2012.



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