Intermittence de la ville


Des effacements, et aussi parfois, griffonnés, des visages :

Ils apparaissent. Mais il suffit de passer pour qu’ils disparaissent. Ils n’ont aucune constance dans le temps. Intermittences de la ville. Dont on interrogerait presque la consistance.

Défaisabilité des songes. Les affiches s’arracheront. La pluie les délitera. Elles passeront. La pluie aussi. Evanescence de ce qui, au matin, se réassemble au sortir de la nuit.

La ville s’écrit. Pour se tenir. Assemblée comme une phrase. Syntaxe des passages et des méandres, qui s’écrit. La ville s’écrit. Se fait langue, langage, pour se déployer, langue de terre, et aussi assemblage de ce qui se peut, de ce qui peut se dire, ce tout ce qui, un jour, s’est dit, se dira.

Et puis alors, les inscriptions ont commencé à se multiplier, idéogrammes, pictogrammes, on ne sait plus très bien, on ne sait pas ce qu’il faut lire :

ce qu’il suffit de regarder, qui ne fait rien d’autre que des tâches de couleur, à quoi il n’est pas nécessaire de s’arrêter, de se tenir, à quoi on ne peut pas se tenir, qui n’a aucune vérité, sinon celle, instantanée, de son apparition :

ou des silhouettes, encore elles, toujours elles, pas effacées, pas encore, mais ça viendra, évidemment ça viendra, et moi aussi, je m’effacerai, comme toutes les silhouettes qui traversent la ville, toutes, qui ne font qu’y passer, mêmes les autres, celles qui restent, qui croient rester, qui partiront, elles aussi, évidemment :

mais elles ne sont rien, ontologiquement, les silhouettes ne sont presque rien, elles ne résisteraient pas un tant soit peu à l’analyse, elles ne tiendraient pas, pas plus que ça, au point qu’on se demande si la ville n’est pas purement et simplement un rêve sans consistance :

Si elle ne va pas passer, sombrer, se dévorer, on ne sait pas, personne ne peut le dire, on va peut-être se réveiller de la ville, il n’est pas impossible que l’on finisse par se réveiller de la ville, par ouvrir les yeux et on s’apercevra que la ville est dévorée par la lumière du jour :

et qu’elle se retirera, comme la mer, mais dévorée de rouille :



Isabelle Pariente-Butterlin _ Licence Creative Commons BY-NC-SA
1ère mise en ligne et dernière modification le 22 avril 2012.



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