To burn or not to burn


Brûler sa carte d’électeur est-il un geste politique ?

On pourrait y voir, bien sûr, le refus vibrant d’un système qu’il est bon de dénoncer, et dont les dérives populistes peuvent inquiéter. Je les vois pour ma part dans une résurgence des arguments sécuritaires y compris chez ceux qui sont supposés défendre non la sécurité comme premier des biens politiques, mais la liberté.

Dans un pays où il est possible de voter avec un document prouvant son identité, et qui ne punit pas ceux d’entre nous qui ne votent pas, je vois mal quelle est la signification de ce geste. J’ai pour ma part tendance à penser que brûler un document dont la destruction n’entraîne aucune conséquence, pas même l’impossibilité de voter, et un geste qui est presque dépourvu de signification, sinon dans une société du spectacle et de la mise en scène de soi. Rien n’empêche, en effet, ceux qui le font d’aller voter, alors que la destruction par Gainsbourg d’un billet de 500 francs au moins l’empêchait de le dépenser (même si on peut discuter de ce geste, hautement spectaculaire, mais assumé par un homme qui se réclamait en effet de la société du spectacle).

Est-ce dénoncer le pacte politique en vigueur ? Le pacte politique est une structure contractuelle dans laquelle chacun contracte avec tous. Nous y avons des droits et de devoirs qui sont placés sous l’hypothèse d’une compossibilité des libertés.
Brûler sa carte d’électeur est un geste moins radicalement politique que le refus de la nationalité et l’adoption du statut d’apatride, par exemple. Si aucun d’entre nous ne va voter, nous aboutissons à une paralysie générale du système politique, mais je ne vois pas en quoi cela nous libère.

Votons-nous pour le candidat le plus monarchiste ? Diantre … je ne vois pas pourquoi. Nous votons pour celui qui a un appareil politique derrière lui, sans doute, nous votons peut-être pour celui qui est le plus charismatique, ce qui sans doute pose problème dans le jeu démocratique qui n’est pas par essence fondée sur le charisme des élus, mais nous voterions pour un candidat monarchiste si nous votions pour un candidat qui affirme que le pouvoir législatif doit être exercé par le seul monarque. Pour ma part, je n’en vois point.

Le point 22 est plus directement croustillant : la séparation des pouvoirs, dont on attribue un peu rapidement la formulation à Montesquieu dans L’Esprit des Lois, thèse que Louis Althusser conteste dans son ouvrage sur Montesquieu, est ce qui permet d’échapper à la concentration des pouvoirs entre les mains d’un seul (le monarque … ) et de construire le jeu politique contemporain. La contester ne peut être qu’un argument de type monarchique.

Cette fois je me suis arrêtée à 22 % …



Isabelle Pariente-Butterlin _ Licence Creative Commons BY-NC-SA
1ère mise en ligne et dernière modification le 12 avril 2012.



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