Suite hétéroclite (17)


Et même si nous allons à travers un enfer, même si ce monde est un enfer, parfois nous arrivons sur une plage de sable, loin de tous les tumultes, loin de toutes les images, loin. Il suffirait de faire un pas et nous serions hors de ce monde. Nous ressentons d’être très exactement là et de cela seulement, un apaisement immérité et réel, que nous ne connaissions plus et qui palpite au cœur même de la vie. La pulsation même de la vie en soi redevient présente. Il suffit de faire un pas en arrière, de laisser le temps se dérouler, de ne plus intervenir, de ne rien dire, surtout ne rien dire — et le mouvement se suspend, purement improbable. Ce monde est un enfer, mais parfois il s’apaise et il n’y a pas d’autre raison d’être heureux que d’être là, dans la pulsation sûre de la vie, à recueillir le monde comme il vient. Il n’y a aucune raison de se pencher pour ramasser une coquille de nacre dans une gangue de sable humide et frais, sinon pour la sentir entre ses doigts et la tenir un instant, après toutes les vagues et les déferlements et les éclaboussures d’écume dont elle porte la trace. Nous arrivons aux bords en pente douce qui se terminent dans un océan immobile. Nous ne pouvons pas oublier les images de cet enfer qu’est le monde, mais nous pouvons suspendre un mouvement apaisé aux ombres effacées du crépuscules.



Isabelle Pariente-Butterlin _ Licence Creative Commons BY-NC-SA
1ère mise en ligne et dernière modification le 13 septembre 2017.



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