Suite hétéroclite (16)


Sur le ciel du bleu le plus contemporain se découpent encore une fois les couleurs venues à travers l’accumulation des jours d’une autre époque, sans doute pâlies au fil du temps, des averses, des tempêtes, des jours revenus à la transparence, puis repeintes encore, et de nouveau, et encore, combien de fois repeintes, ravivées, revenues à ce qu’elles furent, qu’elles n’étaient plus, qu’elles sont de nouveau. Et ce ciel toujours bleu, bleu comme toujours, dont nous retrancherons les nuées combien de fois dissipées, reformées, dispersées, rassemblées, et encore, et ainsi. La scène sans doute se duplique, se répète, se structure en échos, se reprend, se joue de nouveau ; un passant s’arrête, lève la tête et laisse son regard errer le long de la frise puis reprend sa route, et les pensées qui l’ont traversé sans doute s’entrecroisent à d’autres. Et combien sommes-nous, sans d’ailleurs nous bousculer, ainsi verticaux dans la rue, à lever une fois de plus la tête en direction du ciel, à retrancher de l’infini la découpe du toit, et les liserés des arums sur le mur jaune et à reprendre notre chemin à travers la brume un instant déchirée de nos pensées ? Nous signalent, j’en conviens, une autre époque les fils électriques et le lampadaire et la signalétique mais n’étaient-ce ces détails, combien de fois les regards venus de la rue se sont-ils glissés le long de la frise, à l’ombre du toit, dans le contraste pur du jaune ensoleillé et du bleu du ciel, qui s’arrête soudain ? Et ainsi nous prenons place dans la longue suite des passants qui traversèrent ce monde.



Isabelle Pariente-Butterlin _ Licence Creative Commons BY-NC-SA
1ère mise en ligne et dernière modification le 10 septembre 2017.



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