Suite hétéroclite (15)


Le monde s’ouvre. C’est toujours inattendu. On est assis, on ne fait rien, on a simplement regardé, à travers les mèches de cheveux que le vent dérange, un chapeau qui s’est envolé dans le fleuve, on a suivi son mouvement, on l’a suivi du regard, il amorce son départ vers le large, on le regarde, on ne bouge presque pas, il dérive, on est assis aux bords du monde, les pieds ballants, sans plus aucune pesanteur, les jambes dans le vide au-dessus du fleuve déjà mêlé de mer, on allume une cigarette, le vent bouscule un peu les certitudes et les instants, emmêle les cheveux, le chapeau de paille tressée hésite entre les différents courants, commence à s’éloigner, on reste au soleil, dans le vent, son souffle froisse un papier qu’on voudrait lire, on laisse se dérouler l’instant suspendu entre deux mouvements, on partira plus tard, un moment s’ouvre, dans lequel on s’est installé, au soleil, la fumée se laisse aspirer par le vent qui l’emporterait, et les pensées s’enroulent autour, se mêlent à elle, glissent entre les doigts, on suit les dérives lointaines mais bien affirmées, des feuilles se sont envolées et commencent à s’éloigner sur le fleuve, on rejoint le mouvement et le monde. On reste immobile et on rejoint dans un mouvement d’enroulement le monde tout autour de soi qui s’ouvre vers les départs.



Isabelle Pariente-Butterlin _ Licence Creative Commons BY-NC-SA
1ère mise en ligne et dernière modification le 9 septembre 2017.



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