Suite hétéroclite (14)


Parfois, on est simplement très loin, on ne sait en général pas exactement où on est, ce n’est pas cela qui importe, on a tourné au coin de la rue, on a marché un peu encore même si on savait déjà que ce n’était pas la rue qu’il fallait prendre, le soleil commence très lentement à décliner, la chaleur est encore intense, l’heure s’étire dans un jour qui refuse de finir, on cherchait quelque chose, un lieu, un bâtiment, on traversait la plaine, on suivait un itinéraire sans doute, mais il a fallu qu’à un carrefour le hasard s’en mêle et change la direction, sans doute l’ombre portée d’un clocher, ou l’odeur d’un figuier, ou simplement la fraicheur d’une fontaine transparente dans laquelle pourtant on n’a pas trempé la main, on a arrêté le mouvement, suspendu la course, on ne sait pas vraiment pourquoi, ce sont de minuscules inflexions qui seules mènent à ce point précis du globe qui pour chacun ne cesse de se déplacer, à jamais impossible à saisir, on ne sait plus où on est, on a oublié, on marche en plein soleil, on est loin de tout, on est arrivé à ce point, indiqué sur nulle carte, échappant à toute géolocalisation, où sans le savoir on est très loin de tout. On laisse le pur apaisement d’être loin de tout, d’être loin de soi, guider les pas.



Isabelle Pariente-Butterlin _ Licence Creative Commons BY-NC-SA
1ère mise en ligne et dernière modification le 5 septembre 2017.



vos commentaires et interventions

|Suite hétéroclite|
Suite hétéroclite (20)
Suite hétéroclite (19)
Suite hétéroclite (18)
Suite hétéroclite (17)
Suite hétéroclite (16)

mots-clés

Follow IsabelleP_B on Twitter

vos commentaires