Renaître ( premier mouvement) (5)


Ce doit être cela, l’or des alchimistes. Il n’est nécessaire de le chercher ailleurs. Il est dans la consolation vivante de l’élan, dans la consolation qu’il donne. L’angoisse hachait la respiration, la rendait courte, impossible, pesait sur les gestes, les retenait, les empêchait, et contre toute attente ils sont redevenus possible de la pure alchimie de l’élan. Sommes-nous à nous-même notre propre consolation ? Personne n’en sait rien. Personne ne sait, personne ne peut dire, on tient comme on peut, en courant vers la vie. En cherchant la formule.
On se récitera, dans le creux très doux de la conscience, la formule alchimique à laquelle on voudrait croire, on se répétera à l’envie les possibles, et on s’installera dans un abri de langage, dans le déploiement des phrases, qui caressent comme un souffle. On reprendra souffle dans le langage, dans ce creux très doux, seul possible. On se replie dans le langage, comme un animal trouve place dans le creux des feuilles, la conscience s’y rassure et retrouve un possible.

Le départ d’un enfant courant rejoindre sa liberté loin des rires des autres. Ce doit être l’or des alchimistes. Transformer la poussière en battements du cœur, transformer les jours en élan, l’usure de jours en élan, ne pas laisser la poussière jetée au visage aveugler, ne pas la laisser troubler le regard, ni larmes ni poussière, ne rien laisser faire, rester l’enfant qu’on a été, courant, traversant la cour, en courant, hors de lui, hors de soi, courir hors de soi, se jeter dans le monde hors de soi, entraîner avec soi, dans son sillage de vent, tous ceux qui comme nous, les consoler de la consolation trouvée en soi, courir vers l’espace libre, transformer tout ce qui arrête en élan. L’or des alchimistes est moins puissant.

Ce ne peut être qu’ainsi, même si personne n’en sait rien, on court après des formules magiques qu’on invente, et qu’on oublie aussitôt, on court après des résolutions, des insistances, des illuminations ; puissent-elles ne pas retomber dans le silence oppressant. Redevenir le réel brut et opaque dont on a l’habitude et auquel on ne peut rien. Cela pourrait être. Il se pourrait, si seulement, que ce soit le cas, si on y croyait, si on y tenait assez, c’est peut-être cela la question, qu’on y croie assez. Qu’on ait une conscience assez transparente pour laisser à travers elle passer la lumière.
Sinon qu’on retombe dans le silence. On retombe comme on trébuche, on trébuche comme on vacille, il y a toujours un angle, une aspérité, un pavé inégal, on accroche, on chancèle, on hésite, on tombe, dans la course, l’élan interrompu se retourne contre soi, soudain revient dans une boucle sans appel, on aurait voulu avoir la légèreté de voler, on retombe, les élans s’essoufflent, et on doit, de la main, les protéger comme la flamme d’une chandelle. Tenir au creux de soi la palpitation de la vie. Sous les rires.



Isabelle Pariente-Butterlin _ Licence Creative Commons BY-NC-SA
1ère mise en ligne et dernière modification le 26 février 2017.



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