À bord d’aux bords des mondes


Je me demande parfois, pourquoi après être retourné dans le monde, avoir fait les courses le samedi matin, avoir acheté des légumes et des fruits pour respecter la règle d’or des cinq fruits et légumes par jour, des cigarettes parce que je respecte la règle précédente, le journal pour vérifier qu’il ne faut pas monter à six ou sept, je me demande parfois, souvent pourquoi je remonte aux bords des mondes.

Pourquoi la nécessité de ce lieu qui n’est pas un lieu s’impose à moi, quelles qu’en soient les modulations. Sans qu’il soit un lieu géographique de ce monde (la figure de l’exil ou du voyage, les voyages minuscules et dérisoires que je ne parviens pas à éviter, est trop présente dans ce monde), j’éprouve le besoin de lui donner un lieu géographique, comme s’il fallait géolocaliser son blog, comme si ce qui est devenu le lieu naturel à quoi tendent mes rêveries avait besoin de s’ancrer dans une géographie fictive, par la cartographie d’un pays qui n’existe pas.

Il y a une position de l’écriture à la verticale du monde, qui le surplombe et le regarde d’un haut, d’un point plus élevé encore que la conscience de soi, et d’où la vision devient plus ample. C’est peut-être cela, l’abstraction, philosophique ou littéraire. On s’éloigne de la présence des choses, on les simplifie, on les stylise, on les généralise.
Et il y a une autre position, horizontale, de l’écriture, qui se délecte et se surprend de toutes les possibilités les plus concrètes de notre présence au monde. Qui éprouve la tessiture de la présence du monde. Qui traverse les épaisseurs et les strates de la matière pour s’enfoncer plus loin encore qu’il n’est possible à un bathyscaphe, dans les profondeurs les plus aveugles de la matière épaisse du réel.
Je suppose que l’entrecroisement de ces données m’installe aux bords des mondes, dans des images abstraites qui permettent de s’éloigner de l’étouffement que provoque parfois en moi l’indicatif présent, qui n’est pas l’écriture. Mon écriture si elle se déploie, se déploie en dehors du présent de l’indicatif.

Je ne sais pas non plus pourquoi j’ai eu besoin d’écrire ce texte, en miroir des bords des mondes.



Isabelle Pariente-Butterlin _ Licence Creative Commons BY-NC-SA
1ère mise en ligne et dernière modification le 29 octobre 2011.



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