Traces et trajets, de @Gilda_F


On ne cesse pas d’interroger le quotidien. Je crois que c’est la seule façon de le vivre. Qu’il n’y en a pas d’autre.

Gilda_F sait qu’il y a, dans n’importe laquelle de nos attentes, la plus petite, simplement devant l’ascenseur, l’immense des possibles que nous ouvrons. Que nous pourrions ouvrir. Il y a toute la complexité de nous dans chacun de nos gestes.

Il y a aussi la mémoire. Elle se rouvre, et comme une anecdote en appelant une autre, en attirant une autre vers la surface de la mémoire, de fil en aiguille, dans le quotidien, nous en venons, et pourtant dans l’aujourd’hui-même, et dans le flux des jours, nous en venons à entendre, dans notre souvenir seul, le générique des Dossiers de l’écran. Soudain. Il y a si longtemps que simplement nous n’y avions pas pensé.

Le quotidien permet ces jeux d’ouverture, d’appel, d’écho, du muons il ne les empêche pas, il ne s’est pas à ce point refermé, il suffit de savoir faire attention à ces respirations possibles, et Gilda_F a cette attention-là, toute particulière, aux moments du jour.

Et puis dans le quotidien on ouvre aussi les livres, qui sont une autre dimension de notre monde. En lisant Traces et trajets, je comprends une chose, soudain, c’est le lien entre les possibles, la mémoire, les livres : ils nous empêchent, les uns comme les autres, d’être enfermés dans le béton gris du monde, qui ne cesse de prendre, de se solidifier autour de nous, ou plutôt qui ne cesserait si nous n’avions ces stratégies à disposition. Ils sont les uns comme les autres l’éventail de nos stratégies possibles.

D’eux sans doute on retire le secours dont on a besoin. On a besoin de secours, sans doute, dans le béton gris du monde. Assurément. Il me semble que c’est ce que dit Gilda_F, et qu’elle nous indique au fil des jours, les instances secourables et amicales de ce monde.

Elle ne nous dit pas que le quotidien est merveilleux, elle nous indique qu’il est possible de trouver des points de passage. Nous ne sommes pas perdus. Ou nous le sommes tous. Ni plus ni moins.

Et le temps presse.

Nos stratégies se heurtent à cela, que le temps presse. Les miroirs que nous tendons au quotidien, qui démultiplient l’espace, et lui rendent sa profondeur, ont aussi cela de tranchant, qu’ils nous rappellent que le temps. Gilda_F dit si justement que nous n’avons "plus le temps d’être raisonnables". Je repars dans le quotidien avec cette phrase en tête : nous n’avons plus le temps d’être raisonnables.

Il faudrait prendre un jour le temps de faire le point, de faire la mise au point et de répondre au questionnaire de Sophie Calle, je me dis que je le ferai, que j’aimerais le faire, et je sens déjà que, dans le passage d’une formulation à une autre, je ne ferai rien. Je le sens mais je le regrette.

Il ne faut négliger aucune façon possible de prendre un peu de distance avec le réel.



Isabelle Pariente-Butterlin _ Licence Creative Commons BY-NC-SA
1ère mise en ligne et dernière modification le 23 mars 2014.



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