Quelque part dans le même monde, Louise Imagine


Je croise souvent la trace de mon amie Louise Imagine, nous nous croisons dans le Sud ou dans le Nord, à Marseille, à Paris, parfois à Lille, mais pas toujours au même moment. L’amitié et l’écriture réussissent cela de surprenant que, sans nous voir autant que je le voudrais, nous sommes proches.

Ainsi, je marche sur le Vieux-Port, et je me souviens qu’elle y est passée, et levant la tête, je pense à ses nuages. Je me souviens qu’autrefois nous échangions sur Twitter des images de nuages, et je me souviens aussi qu’elle proteste parce que j’en suis partie, je sais.

Je retrouve sur ses deux sites, Ilpleuvrademain et Louiseimagine ce qui fait la grâce de sa présence et de son regard sur le monde, dans la générosité de son travail et de son attention aux autres. Elle nous a rendu possible de découvrir ce magnifique ouvrage qu’elle a édité, Double exposure de Maryse Hache et Tina Kazakhishvili, et de retrouver la présence de Maryse Hache, vibrante.

Louise Imagine porte aux êtres, aux autres, au monde à l’entour, une attention sans faille qu’on sent dans les notes très concrètes de son écriture, dans les fragments du monde qu’elle saisit, comme cette pluie tiède de fin de printemps. Les sensations sont au centre de l’attention de Louise Imagine au monde et à ce que nous en traversons :

"Alors que, dans un scintillement argentin, il s’élançait hors de la piscine, Kern perçut un léger fourmillement parcourant son échine, une sensation claire et familière qu’il reconnut sans peine. Il n’en devinait pas encore la source mais la sentait aussi sûrement que l’eau fraîche ruisselant le long de sa peau bronzée. Il avançait avec calme malgré l’inquiétude fronçant ses sourcils, laissant dans son sillage les empreintes humides de ses pas félins. Il avançait, tous ses sens en éveil, et plus il avançait, plus l’étrange sensation se précisait, émergeant, nette, incisive, cramponnée à sa chair comme une sangsue au flux sanguin. S’imposant une nonchalance feinte, loin de la crispation qui tétanisait chaque seconde plus sûrement ses muscles, Kern entreprit de faire le tour des environs".

Ce ne sont pas des détails, je n’aime d’ailleurs pas trop le terme de détails, bien que Dieu y soit, selon quelques uns dont Saint-Thomas d’Aquin. Je préfère au terme de "détail", le terme de "fragment". Comme les fragments de coquillages qu’on ramasse sur les plages énoncent l’océan tout entier. Les impressions sont les fragments de ce que nous vivons et les saisir ainsi, dans les mots ou dans les images, nous insère dans le monde, du moins y contribue. Louise Imagine se saisit de ces fragments de monde, comme ici, lorsque Solal pousse la porte du café dans ce vase communicant que j’aime tant, avec Anna NB.

Louise et moi nous croisons souvent sur une plage, pas toujours la même ni en même temps. Les fragments que ses images isolent dans le monde portent à eux seuls l’évocation de l’ensemble du monde.
Cette saisie de fragments de temps, ici dimanche 04 novembre 2012 entre 15h30 et 15h40, est pour moi une pure merveille. Dix minutes seulement d’un fragment de dimanche qui ne reviendra pas, il ne faisait pas particulièrement beau, il n’avait presque rien de remarquable, et grâce à la générosité de Louise Imagine, on peut rouvrir ce moment, le suspendre, on ne l’a pas vécu d’ailleurs, je ne me souviens pas de ce que fut mon dimanche 04 novembre 2012, mais quelle importance ? Ce qui importe c’est que dans ce fragment de monde que Louise Imagine a identifié, il y a l’immense de la mer et du ciel. Elle les donne à voir, tout simplement, et cette simplicité est fascinante.

Il n’est pas possible de laisser le béton brut du monde prendre autour de nous. Il faut ponctuer le monde de lectures, ponctuer les jours et les moments de phrases qui sont notre souffle, ponctuer la ville de silhouettes sinon comment faire, sinon comment tenir ? Je navigue entre les blogs amis pour ne pas laisser le béton des jours prendre, et ainsi se dessine, peu à peu, un réseau de possibles. Il faut conserver un souffle de vie, ici, à l’essentiel, dans l’écriture et dans la lecture, celle des autres, de ceux qui nous renforcent. L’amitié fait du bien. J’avais envie de le dire à Louise.

Je préfère lui laisser le mot de la fin : ne plus chercher ailleurs ce que nous avons ici sous les yeux.



Isabelle Pariente-Butterlin _ Licence Creative Commons BY-NC-SA
1ère mise en ligne et dernière modification le 8 mars 2014.



10 Messages de forum

vos commentaires et interventions

|Dialogues des bords des mondes|
Ma mère est lamentable, de Julien Boutonnier
46 villes, bourgs & autres lieux, de Nathanaël Gobenceaux
Ligne. Ligne, rémanence, impasse, de Michèle Dujardin et Sébastien Écorce
Naturaliser l’esthétique ?
Pour un septième art ?, de Jean-Yves Chateau

mots-clés

Follow IsabelleP_B on Twitter

vos commentaires