Parcourir le monde (121) en été


C’était un endroit du monde, assurément réel, on ne pouvait en douter, l’ombre était fraîche sous le jour obsédant, assurément l’endroit était réel, et la chaleur certaine,

et pourtant cet endroit est en un lieu éloigné du monde, que je serais bien en peine de retrouver, il fait partie de ces lieux qui laissent un souvenir très vif et dans lesquels néanmoins on ne saurait revenir, qu’on ne saurait retrouver, et qui n’existeront plus que dans notre mémoire.

Réel, assurément, ce lieu qu’on atteignait par un sentier escarpé et frais ; il guidait nos pas de marches étranges qui mêlaient les racines et les rochers, escalier non-intentionnel mais parfaitement adapté à la marche,

que les enfants montaient en riant, sans se poser de questions, les adultes en se parlant, et sans doute aussi plus lourdement empêtrés dans leurs pas et leurs hésitations, les sacs alourdis des gourdes, il faut bien le leur reconnaître, tout n’est pas de leur faute,

mais eux aussi faisaient comme il fallait, calaient attentivement leurs pas sur les racines, sur les pierres, la marche concentrait les esprits, et finit par tarir les conversations

et la source, tout en haut, vers laquelle tendait la marche, obstinée et calme, sous le couvert des arbres

fit frôler un turquoise inouï.



Isabelle Pariente-Butterlin _ Licence Creative Commons BY-NC-SA
1ère mise en ligne et dernière modification le 11 août 2013.



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