Image 170 de la présence picturale du monde


L’orage éclate enfin, après avoir grondé longuement.

Les affaires éparses dans le jardin se rassemblent et s’empilent, s’entassent, s’amoncèlent dans la maison encore ouverte et chaude et traversée de grands souffles de vent. On attendait qu’il arrive enfin, depuis des heures à étouffer immobile, mais ce n’est pas une raison suffisante pour s’y préparer. C’est l’été. On vit pieds nus, on va, on vient, on verra plus tard. On débranche seulement les ordinateurs, qui ont un statut à part. Puis on revient à la vie calme des soirs d’été.

L’orage nous surprend. Nous interrompt.

Je tenais dans la main des micas énormes, ramassés en chemin et les photographiais pour un ami qui les aime autant que moi (l’amitié a des sourires silencieux), je les ai glissés dans ma poche, avec l’iPhone : le linge claquait dans le vent, et se constellait des premières gouttes de pluie après avoir séché au soleil. Le temps de le rentrer et la pluie rejaillissait sur le sol, écartait la chaleur du jour, et nous renvoyait les odeurs de pierres chaudes et de végétation avide d’elle. Tout à l’entour bruissait.

L’éclair tombé très près, le premier, claque, sec, et coupe l’électricité dans la maison.

Les iPhones hésitants permettent de trouver les bougies. On se donne des raisons de les allumer même si on n’en pas vraiment besoin. Chandeliers émaillés, ébréchés et tordus qui portent des bougies déjà rongées. On laisse passer l’orage immobile et obstiné au-dessus de nous, s’il s’éloigne, il revient en tourbillons. On surveille la cave, que l’inondation menace, toujours, et les éclairs que les photographies parfois arrêtent dans l’élan et fixent, immobiles.

La cuisine redevient ce qu’on sait qu’elle a été, qu’on n’a pas vu soi-même, et dont les souvenirs étrangement nous sont parvenus du passé opaque et impénétrable. Il y eut ce vieux poste de radio en bois qui servait à écouter radio Londres. Puis l’enfant qui monte se coucher et protège, de sa main douce et bien serrée, la flamme de la bougie, dont la lumière se reflète presque sur le bois ciré de l’escalier. Il se retourne et son visage alors est celui dont on se souvient dans les tableaux de Georges de La Tour.

La beauté picturale du monde à cet instant absorbe entièrement les pensées. Est-ce cela, être heureux ?



Isabelle Pariente-Butterlin _ Licence Creative Commons BY-NC-SA
1ère mise en ligne et dernière modification le 7 août 2013.



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