Collages, de Christine Jeanney


Aujourd’hui, aujourd’hui frisé, ébouriffé, nous attirant en lui, aujourd’hui nous parlant, aujourd’hui des merveilleux collages de Christine Jeanney. Entrer dans les Collages de Christine Jeanney qui donnent tellement envie d’en faire …pour entrer dans la matière concrète et réelle et tactile et sensible du jour.

Collage de la lumière du jour, du petit matin, des images qui viennent dans les yeux quand on les ouvre à peine. Ce monde lisse, pas encore froissé, qui bientôt sans doute nous froissera mais pour le moment pas encore.
Texture du monde, en contrepoint aux phrases, texture de la matière du monde, silencieuse et dans son silence, infiniment poétique.

Au point qu’on a envie d’en parler, d’écrire autour de ses collages, mais quelle étrange idée, aussi, se dit-on, pourquoi mettre des phrases, des mots, dans ce qui impose une image tacite, en dehors du langage ? Structure. Qui traverse le monde, et le jour, et tient les possibles. Se déployant en elle. Comme la structure d’une bibliothèque et nos mains, vers les ouvrages, et nos esprits, dans les ouvrages.

Je sais que l’amitié souriante de Christine Jeanney me pardonnera d’y porter mes phrases, et comprendra mon étonnement, et mon intérêt intense pour cette autre forme de langage qu’elle trouve, qu’elle nous propose. C’est cela qui m’étonne tant : on a l’impression, en regardant ses collages, qu’elle invente un langage qu’on parle immédiatement sans même savoir qu’on le connaissait.

Spirales, et les visages, et le temps qui passe, douceur de l’enfant sur les genoux, et puis le temps qui passe, mais pour le moment, on n’y pensera pas, pas trop, spirales, et les pensées, on frôle l’angoisse, mais on n’y pense pas, pas trop, on repart ailleurs, dans la douceur des cheveux des enfants, spirales. Et donc ces structures, structures du monde le tenant, et nous, autour, tout autour, papillonnant.

Donc c’est bien un langage, me dis-je en revenant sur les berges de la philosophie qui me tiennent, me rassurent, et tiennent mes phrases. Il y a des structures, on traverse le monde et puis tout autour, il prend sens.

Et alors il devient possible de dupliquer, redupliquer, répéter, réitérer la réalité, la laisser entrer, revenir dans nos pupilles, impressionner nos rétines … comme dans les regards brouillés que les larmes, parfois, nous font poser sur le monde, et les chagrins, ou les émotions, oui, aussi les émotions.

Christine Jeanney invente dans ses collages un langage que j’entends immédiatement, dans la zone de rêves que nous parcourons et qui permet de ne pas étouffer dans le béton brut du réel.



Isabelle Pariente-Butterlin _ Licence Creative Commons BY-NC-SA
1ère mise en ligne et dernière modification le 16 juin 2013.



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