Rencontre Publie.net : des vitamines de création


Hier soir avait lieu la rencontre avec Publie.net chez Remue-net. Il s’est dit beaucoup de choses, intéressantes, complexes, riches de promesse et d’avenir. Je ne suis pas pertinente pour en parler, et les contenus riches, apportés et partagés par François Bon, Gwen Catala, Roxane Lecomte, Pierre Ménard, Nicolas Gary et Jean-François Gayrard sont bien mieux dits par eux tous qu’ils ne le seraient par moi. Et puis il y a eu les retours du public, les auteurs et les lecteurs, qui, dans la salle ont interrogé et répondu.

Il y a d’abord cette belle impression que laisse la soirée. D’une dynamique, partagée, d’un élan commun, et d’un enthousiasme. Bien sûr, l’enthousiasme va sans dire dans une aventure aussi vaste. Mais pourquoi ne pas le dire ? C’est la première impression qui s’en dégage, et le public dont j’étais, partageait cette dynamique. La dynamique est contagieuse, se partage, se répand. Les écouter donne l’impression de ne pas être seul ni isolé dans son élan.

Bien sûr, on écrit seul, face à son écran, ou sa page, horizontale ou verticale. Bien sûr, à ce moment du geste, on est seul. Mais Roxane Lecomte explique, en compagnie d’Arnaud Maïsetti, le passage du blog à l’epub sur Affrontements. Comment passe-t-on d’une série sur un blog à un epub ? Roxane explique son travail, la façon dont elle se saisit d’un texte, dont elle conçoit son code. Je ne connais rien aux questions techniques. J’ai seulement très bien compris, grâce à eux, à leur dialogue et à leur entente, que ce passage est celui de la pluralité des textes, dont on sait qu’ils forment un ensemble fini, clos, terminé, mais qui sont encore sous la forme d’une série venue d’un blog, à un objet unique. C’est le travail de Roxane de faire apparaître cette unité qui, comme elle l’explique, est celle du geste de celui qui a écrit.

Il s’en suit une intéressante discussion sur la question de savoir si le codeur est aussi auteur du livre. Pour ma part, je pense que le texte, bien sûr, est celui de l’auteur, mais que l’unité de l’objet qu’est le livre numérique est sinon constituée du moins valorisée et rendue visible aussi par le créateur qui fait le travail de codage. Si nous voulons renouveler la conception du livre, il n’y a pas à hésiter et il faut aller dans ce sens. Le livre devient un objet collaboratif, à plusieurs mains même si le texte est l’œuvre d’un seul. L’écriture sur site, sur Internet, sur blog devient un livre dans ce mouvement collaboratif et j’aimerais, pour ma part, rompre avec le modèle ancien du livre. Le texte n’est pas tout à fait le livre. Le livre est autre chose que le seul texte, et il y a de la place, dans cet objet commun, pour le travail à plusieurs mains.

J’ai saisi hier soir quelque chose que je sentais sans me l’être formulé et que les intervenants ont fait apparaître : la technique est mise, par Publie.net, au service des textes, et pas seulement pour la diffusion mais aussi pour l’écriture du texte dans tous les sens de ce terme d’écriture. Bien sûr, ce travail est évident dans la revue d’Ici là que conçoivent Pierre Ménard et Gwen Catala. Ils ont expliqué la manière dont ils interviennent sur les textes que les auteurs leur envoient, et comment ils maîtrisent la technique pour éviter qu’elle ne passe au premier plan. Leur modestie et la maîtrise qu’ils ont de leur travail permettent aux auteurs d’envisager des extensions et des enrichissements possibles de leurs textes. Ce possible est à disposition, pas imposé mais proposé et étend la liberté. J’ai senti qu’il est bon de s’en saisir.

On a beaucoup parlé de livre enrichi. Je comprends dans cet enrichissement un geste cohérent avec le texte. Ce qui fait un texte, c’est l’unité des phrases entre elles. La syntaxe nous permet, phrase après phrase, de valider, de saisir, de construire un sens qui tient la phrase comme un objet unifié. Il y a une pluralité de mots, mais la pluralité des mots devient une phrase unique. La question de l’unité et de la pluralité se pose aussi et de la même manière à propos du texte. Qu’est-ce qui fait l’unité du texte ? Bien sûr, le sens y suffit, c’est pourquoi la technique n’est pas première sur le texte. Mais elle peut permettre de souligner cette unité, de la faire saisir par le lecteur plus évidemment, de la construire plus souplement et d’investir des possibilités non linéaires. Évidemment, la question qui se pose et par laquelle les chercheurs en sciences humaines sont concernés, est celle de savoir comment exploiter ces enrichissements du texte en sciences humaines, car, dans un ouvrage scientifique, l’unité du texte doit être flagrante. Il faut inventer la manière de se saisir de la technique que propose Publie.net dans ce domaine.

Bref, l’équipe expérimente, crée, tente, explore, et c’est enthousiasmant. La soirée m’a donné envie de procéder parfois différemment de ce que j’ai déjà fait, de renouveler des aspects de mon travail, j’ai des idées qui me tournent en tête, qui trottent, qui soudain me paraissent à portée de main grâce à l’équipe de Publie.net. Elles ont pris forme en entendant François Bon et toute l’équipe parce qu’ils acceptent que la création soit un tâtonnement, et une aventure et parce qu’ils donnent envie d’y participer. S’il en est besoin, et après tout il en est toujours besoin, on a pris avec eux des vitamines de création !



Isabelle Pariente-Butterlin _ Licence Creative Commons BY-NC-SA
1ère mise en ligne et dernière modification le 26 janvier 2013.



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